par Emma Bonino (1)SOMMAIRE: Attristée par les lettres de désapprobation et de critique qu'elle a reçu, Emma Bonino considère "juste" d'écouter les raisons et de répondre, mais en avertissant aussi qu'elle ne doit fournir aucune "justification". Depuis trop d'années les radicaux sont assiégés et attaqués par ceux qui ne demandent pas compte de ce que sont les radicaux, mais de l'"image déformée, défigurée" par la violence de l'information". Si les radicaux étaient comme on les dépeints, ils seraient vraiment méconnaissables, et même monstrueux". Mais dans cette image adultérée, les radicaux ne se reconnaissent pas. A la distorsion subie il essaye de répondre par la rigueur des "comportements", avec la "continuité de leur présence, et des luttes". Au préalable, Emma Bonino avertit cependant que les lettres sont adressées à la mauvaise adresse, parce que le Parti radical transnational et la Lista Pannella (2) sont deux sujets politiques différents.
Sur trois points spécifiques contestés, elle fait remarquer: a) bien que le parti en soi ne fournit pas d'indications de vote pour les élections du maire à Rome, la Lista Pannella soutient Rutelli; b) sur la prison pour De Lorenzo, les députés radicaux ont voté librement, selon conscience; c) la lettre qui les convoquait à sept heures du matin était indistinctement adressée à tous les parlementaires, et dans ces réunions on n'a discuté que de "la défense de la vérité" pour le parlement et le gouvernement.
(1994 - IL QUOTIDIANO RADICALE, 25 novembre 1993)
Certains inscrits ont rendu leur carte du Parti Radical, se déclarant "déçus". Ils sont peu nombreux: soixante-dix sur trente-sept mille. Et toutefois il est juste d'écouter leurs raisons.
Ils sont déçus. De quoi? L'échantillon que nous présentons dans ces pages suffit pour comprendre les raisons des démissionnaires. Essentiellement, trois: "Vous ne soutenez pas Rutelli"; "Vous avez sauvé De Lorenzo de la prison"; "Pannella s'est placé à la tête du groupe de parlementaires sous enquête, des députés qui ne veulent pas rentrer chez eux, et il nous empêche de voter".
Nous devons répondre? Je dois répondre? Bien sûr - pourquoi le nier? - ces camarades qui s'éloignent ouvrent une blessure amère, ils nous donnent le sens de l'impuissance, et ça nous ne l'aimons pas. Leur argent, l'argent de leur inscription nous l'avons dépensé, il nous était nécessaire comme l'argent reçu de ceux qui ne se sont pas dissociés, de ceux qui ne nous ont pas quittés, de ceux qui ont eu plus de courage (ou sans doute de tolérance); et par conséquent nous avons une obligation vis-à-vis d'eux, celle de la loyauté et de l'attention.
Mais, pour la même obligation de loyauté et d'attention réciproque disons tout de suite que, tenus à répondre, nous pensons ne devoir, par contre, aucune "justification". Au contraire. Depuis vingt ans au moins nous sommes assiégés par ceux qui nous demandent de rendre compte non pas de ce que nous sommes, de ce que nous avons fait, mais de l'image déformée, défigurée que la violence de l'information, privée ou d'état, journalistique ou télévisée, offre aux gens, au Pays. Si nous étions comme elle nous dépeint, vous auriez raison, nous serions vraiment "méconnaissables, et même monstrueux". Tel est le parti qui apparait, et qui vit par conséquent, dans la conscience des gens. Mais dans cette image tellement adultérée, nous ne nous reconnaissons pas. Nous la repoussons fermement. Et à la vexation, à la violence, nous essayons, nous nous efforçons de répondre d'une seule façon: par nos comportements. Par ce que nous faisons - quotidiennement, tenacement - de façon tellement volontairement affichée et visible.
Plus qu'aux mots, nous confions notre crédibilité à la continuité tenace de notre présence, de nos luttes. Et ensuite, en second lieu: ces lettres sont adressées - faut-il le répéter? - à une mauvaise adresse. le Parti Radical Transnational et la Lista Pannella sont des sujets différents, distincts. Sur ce point aussi, la désinformation/déformation règne souveraine. Moi-même (pour le parti) et Pannella (pour la Lista) avons déjà dû envoyer aux responsables - la Rai TV (3) en premier lieu - une mise en demeure. La tendance habituelle à se poser en victime? Non, et justement ce qui est en train de se passer le prouve. L'équivoque continue d'agir, à nos dépends et à vos dépends. En interrompant le flux de la confiance dont vous et nous avons réciproquement besoin.
Donc, sur au moins deux des trois points qui nous sont contestés, la méfiance, la restitution de la carte n'ont pas raison d'être, car ils ne concernent en aucune façon le Parti Radical Transnational.
Quoi qu'il en soit, voyons:
Premièrement: Pannella ne soutient pas Rutelli (4). Il suffisait d'avoir un peu de patience et on aurait vu qu'à Rome la Lista Pannella se présente et fait campagne en appuyant justement la candidature de Francesco Rutelli à la mairie. Pour les considérations que j'ai fait ci-dessus, je répète que le Parti Transnational ne donne par contre (et ne peut donner) aucune indication à ce sujet. Les radicaux romains seront naturellement libres de voter comme ils voudront: pour un des deux candidats inscrits, Rutelli et Nicolini (5), mais aussi pour le représentant d'une autre liste. Cela vaut pour Rome mais aussi pour d'autres villes où, dans des listes différentes, sont présents des radicaux ou des personnalités soutenues par la Lista Pannella.
Deuxièmement: à la Chambre, nous aurions "sauvé" De Lorenzo (6), en ne l'envoyant pas en prison comme il aurait fallu: Attention! Les députés inscrits au parti radical pour 1993 sont 182, venant de tout secteur, et sur la demande d'autorisation à poursuivre pour De lorenzo certains ont voté en faveur, d'autres contre, et d'autres encore se sont abstenus... Chacun selon sa conscience.
Dans ces pages, nous fournissons des éléments utiles pour faire la lumière sur ce point, et peut-être, comme j'espère, à rendre la confiance.
Troisièmement, pour finir. Les "auto-convoqués" (7), la tentative de sauver les députés sous enquête en essayant de renvoyer les élections. Pannella a répondu très clairement, même si l'information ne lui a pas donné la moindre place. Je ne peux que résumer, servir d'intermédiaire: "Pour une initiative à laquelle ont été invités systématiquement et sans aucune exception TOUS les parlementaires, députés et sénateurs - a écrit Pannella - une campagne de désinformation d'un indifférentisme destructif a été déchaînée, sans possibilité de réponse... La publicité de ces rencontres à sept heures du matin n'a servi à rien: jamais une intervention. Jamais une demande de 'coups d'éponge', mais uniquement la défense de la vérité pour le Parlement et le Gouvernement, de la civilisation de l'affrontement contre les fomentateurs des places, clients de régime jusqu'à hier soir et à présent devenus Savonarola (8) pour en recueillir l'héritage... Il n'a servi à rien que le Président de la République (9), le Président de la C
hambre, le Président du Sénat, de leur coté, fussent engagés dans la même direction, avec les mêmes arguments...".
Voilà ce que dit Pannella. Et pour nous c'est suffisant.
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N.d.T
1 - BONINO EMMA. (Bra 1948). Président du Parti radical, membre à plusieurs reprises du parlement européen, plusieurs fois député italien à partir de 1976. Parmi les promoteurs du Cisa (Centre Information sur la Stérilisation et l'Avortement), et militante active dans la bataille contre l'avortement clandestin, elle subit un procès à Florence et fut acquittée. Elle a participé à la conduction, même au niveau international, de la campagne sur la Faim dans le Monde. Parmi les membres fondateurs de "Food and Disarmament International", elle s'est occupée de la diffusion du Manifeste des Prix Nobel.
2 - LISTA PANNELLA. En devenant Parti radical transnational, le Pr a décidé de ne plus se présenter à aucune élection, ni en Italie ni ailleurs. Le leader radical Marco Pannella a fondé la Liste qui porte son nom et qui est présente au Parlement. La "Lista Pannella" et le "Parti radical transnational" sont donc deux sujets distincts.
3 - RAI-TV. Radio-Télévision Italienne.
4 - RUTELLI FRANCESCO. (Rome 1954). Secrétaire du Parti radical en 1981 et trésorier en 1984. Antimilitariste et objecteur de conscience, co-promoteur de l'IRDISP (Institut pour la Recherche sur le Désarmement, le Développement et la Paix), député depuis 1983, chef de groupe. Parmi les promoteurs de la liste "Verts Arc en Ciel" aux élections européennes de 1987, membre du Groupe de Coordination de la Fédération des Verts, conseiller régional pour la Région Campanie et conseiller communal à Rome. Elu député dans les listes vertes en 1982, il a été élu maire de Rome en décembre 1993.
5 - NICOLINI RENATO. Homme politique italien, membre de la direction de "Rifondazione Communista", le parti né de la scission de l'ancien Parti Communiste Italien. Dans les années 70, quand à Rome il y avait une administration de gauche, l'adjoint à la Culture, Renato Nicolini, réalisa un plan de manifestations culturelles d'été, dans les rues et sur les places de la ville. Le plan eut un succès énorme sous le nom d'"Eté romain".
6 - DE LORENZO FRANCESCO. Homme politique italien, républicain. Ministre de la Santé en 1992-1993, il a été contraint à démissionner après avoir été mis sous enquête pour corruption et financement illégal de son parti. La Chambre des Députés qui était appelée à se prononcer sur son arrestation (1993) a émis un avis contraire.
7 - "AUTO-CONVOQUES". Initiative lancée par Marco Pannella en 1993: une bonne centaine de députés se réunissaient à 7h30 du matin pour discuter de la situation politique, du gouvernement et des enquêtes judiciaires qui ébranlaient la Chambre des Députés.
8 - SAVONAROLA GIROLAMO (1452-1498). Père dominicain, prieur du couvent de S. Marco à Florence. Inspiré à un ascétisme radical, il se lança dans une prédication enflammée contre l'église corrompue. Après que les Médicis furent chassés (1494), il devint de fait le maître de la ville et l'animateur de la République Florentine qu'il dirigea de façon démocratique, revendiquant pour Florence (nouvelle Jérusalem) le rôle de guide dans le processus de régénération du monde chrétien. Excommunié par le Pape Alexandre VI, il fut accusé d'hérésie. Il fut pendu et ensuite brûlé. Il écrivit des ouvrages philosophiques et doctrinaux qui influencèrent les courants ecclésiastiques réformateurs en Italie
9 - SCALFARO OSCAR LUIGI. (Novara 1918). Démocrate-chrétien, italien. Avocat, plusieurs fois député, ministre des transports, ministre des biens culturels et de l'intérieur. Homme d'une grande intégrité, il jouit de l'estime générale, même auprès des laïques.
Il a été élu Président de la République en 1992.