Radicali.it - sito ufficiale di Radicali Italiani
Notizie Radicali, il giornale telematico di Radicali Italiani
cerca [dal 1999]


i testi dal 1955 al 1998

  RSS
gio 30 apr. 2026
[ cerca in archivio ] ARCHIVIO STORICO RADICALE
Archivio Partito radicale
Pannella Marco - 26 novembre 1993
DROGUE: Les positions répressives et prohibitionnistes: ridicules et tragiques

Intervention de Marco Pannella au PE du 14 février 1980

SOMMAIRE: Nous ne devons pas vouloir que la politique divorce de la science pour suivre telle ou telle démagogie: demandons nous par conséquent ce que veut dire le mot "drogue". Celle dont nous nous occupons est celle qui "ôte la liberté, pas celle qui ôte la santé...". Et alors il n'y a pas de drogues "douces" et de drogues "dures", il n'y a aucun sens à faire une distinction entre la drogue-alcool et les autres drogues. Et il est également inutile de mettre en garde contre les dangers de passer de la drogue douce à la drogue dure. En définitive, le Parlement européen ne doit pas poursuivre des fantômes et des "démons intérieurs": il doit uniquement agir sur les lois économiques qui créent "la diffusion de la drogue dure", en éliminant le "profit" qui est son vrai stimulant. La pénalisation a pour résultat d'"introduire la loi économique comme mobile de l'industrie de la mort". Les positions prohibitionnistes sont "ridicules et tragiques", elles expriment une culture de classe, "raciste" et eurocentrique".

Il faut enquêter désormais "sur les possibilités et les dangers de l'antiprohibitionnisme", et il est souhaitable que la Commission veuille "promouvoir l'étude critique de toute la question".

(1994 - LE QUOTIDIEN RADICAL, Spécial Parlement européen, 26 novembre 1993)

----

Je veux simplement dire, madame le Président, que lorsque la politique divorce de la science pour suivre la démonologie de telle ou telle autre chose, on ne peut s'attendre de la politique que des désastres.

Que signifie le mot drogue, madame le Président, selon la science? Selon la pharmacologie et la pharmacopée il faut certainement considérer comme des drogues, l'alcool, le thé, la caféine, mais surtout tous les tranquillisants ou les excitants que produit l'immense industrie de la drogue internationale. De quoi devons-nous nous occuper? Du drogué: autrement dit de celui qui, en tant que tel, est dangereux pour lui-même et pour autrui. Pour le politique, pour le droit positif, pour la société ce qui fait peur c'est, justement, la condition d'irresponsabilité atroce et de danger - pour lui-même et pour les autres - du drogué.

Et alors, madame le Président, qu'est-ce que ça signifie? Ça signifie que la drogue dont nous nous occupons est la drogue qui ôte la liberté, pas celle qui ôte la santé - parce que la strychnine aussi, parce que mille autres choses ôtent la santé. La drogue est ce qui ôte la liberté et la responsabilité et qui devient un danger social.

Et alors il n'y a pas de drogues douces et de drogues dures. La "drogue alcool" serait-elle peut-être douce? Nous sommes sans cesse en train de discuter de la production de vin, pour en produire et en consommer de plus en plus. Eh bien, la "drogue alcool" est responsable de 50% des morts par accidents de la route. La drogue dure, l'héroïne, est responsable en Europe de mille morts. Bien sûr, c'est atroce et dangereux. Mais vous êtes un peu en contradiction avec vous-mêmes: le tabac et le vin créent une dépendance et une accoutumance, ils créent aussi des situations de manque physique et par conséquent ce sont des drogues. Alors que les dérivés du chanvre indien, selon l'Organisation mondiale de la Santé et 90 années d'études scientifiques toujours confirmées, créeront tous les dégâts qu'on veut, mais pas la dépendance physique et pas d'accoutumance, pas de crise d'abstinence, pas de risques pour soi et pour les autres. On dit que le risque existe de passer de l'une à l'autre drogue. Mais, madame le Président

, il y a le même passage que dans les années 30 aux Etats-Unis entre la consommation d'alcool en période prohibitionniste et les paris clandestins à la même époque. Puisque les bookmakers, puisque le commerce clandestin prohibitionniste, avec la loi du profit lié tant à l'alcool qu'aux paris clandestins, facilitaient ces transgressions de la loi, souvent celui qui consommait de l'alcool passait aussi aux paris clandestins. C'est la loi qui crée le rapport. Le haschich, la marijuana sont une non-drogue, le tabac, l'alcool de vos entreprises de profit capitaliste, le whisky, sont des assassins et créent une accoutumance, en plus d'autres choses. Par conséquent, madame le Président, quel est le problème qu'un Parlement sérieux se pose? Pas celui de poursuivre ses démons intérieurs, en essayant justement d'évoquer le démon, les filtres dangereux: il doit simplement faire en sorte d'agir sur les lois économiques et sociales qui créent justement la diffusion de la drogue dure, que ce soit l'alcool ou que ce soit l

'héroïne.

Et quel est messieurs les tenanciers du libre marché et de la loi du profit, tenanciers de la loi du profit de cette Assemblée, quel est l'encouragement à la drogue dure sinon le profit qui s'installe avec le prohibitionnisme? Dans les Années 30, avec le prohibitionnisme, en Amérique, il y avait les alcoolisés et la mafia du profit faisait son apparition. Vous, avec la pénalisation, vous ne faites qu'introduire la loi économique du profit comme mobile de l'industrie de la mort, et ce n'est par hasard si à Bruxelles le grand tuteur de l'état contre la drogue était le premier trafiquant de drogue. Ce n'est pas par hasard que dans la France de De Gaulle, madame Chouraqui et monsieur Debré, la DST a été prise les mains dans le sac lorsqu'elle appuyait et finançait ses activités au niveau international en protégeant au niveau international la mafia de l'héroïne. Et dans la Marseille socialiste, nous savons tous ce qui se passait lorsque les frères Guerrini, respectables, étaient justement ceux qui protégeaient ce

s commerces.

Par conséquent, j'accuse avant tout d'irresponsable démagogie tous ceux qui continuent à dire contre les affirmations scientifiques, que le haschich est une drogue douce: c'est une non-drogue. Si vraiment vous êtes des hypocrites et des criminels, proposez alors des lois pénales contre l'alcool dont vous voulez par contre diffuser la production, que vous soutenez à tous les niveaux, et qui cause des désastres sociaux en France, en Italie et en Allemagne (...).

Madame le Président, il est faux que le ridicule tue: il ne tue certainement pas ceux en sont responsables! Les positions prohibitionnistes sont ridicules et tragiques. Nous en connaissons les résultats. Ceux qui demandent de plus en plus de répression ne font probablement que projeter vers d'autres leurs propres démons intérieurs, que ce soient les autres qui défendent la pureté et la bonté.

La différence essentielle entre le régime prohibitionniste et le régime antiprohibitionniste, c'est que dans le premier cas l'héroïne va à la recherche des enfants alors que dans le second cas ce sont les enfants qui vont à la recherche d'héroïne.

On fait quotidiennement de la démagogie sur les méfaits du résultat des lois et pas de la drogue elle-même. On ne peut pas s'attaquer à l'alcool pour ne pas se mettre à dos les producteurs de whisky qui peuvent se permettre en revanche de faire de la publicité comme ils veulent et où ils veulent. Ces lois et cette culture sont à la racine de cette tragédie que nous vivons et l'on attribue, comme à l'époque de l'Inquisition, des pouvoirs démoniaques à la feuille de coca ou au produit du pavot, l'opium. C'est la même procédure. Les feuilles de coca sont une drogue au même titre que le raisin qui sert pour le vin et qui est notre drogue: des populations toutes entières ont été détruites pour leur ôter leur drogue traditionnelle. La nôtre est une culture de classe, une culture raciste, une culture eurocentrique qui se manifeste surtout dans le droit positif.

Lorsque dans la commission parlementaire j'ai demandé à un représentant d'Interpol ce que nous aurions préféré si nous avions été une famille de la mafia, une campagne prohibitionniste ou une campagne antiprohibitionniste, quelle fut sa réponse? Il nous a dit que s'il avait été le représentant d'une famille de la mafia il aurait voté en faveur d'une campagne prohibitionniste.

Mais que demandons-nous? De renoncer au démon de l'intolérance qui vit en nous. Nous demandons que le Parlement et la Commission fassent que ce qu'est en train de faire la presse internationale: enquêter sur les possibilités et les dangers de l'antiprohibitionnisme et enquêter sur l'interaction entre le droit et ce fléau.

Il faut une conférence. La peur règne comme à l'époque où l'on ne pouvait pas utiliser le soufre dans la pharmacopée. La peur règne mais nous demandons seulement une étude. Même l'étude fait peur, on veut détruire les livres antiprohibitionnistes. C'est le démon de l'intolérance qui parle, je le répète, et on ne peut pas imposer ce démon, cette politique qui aboutirait à la mort et à la tragédie.

C'est pourquoi nous espérons que la Commission accepte de promouvoir l'étude critique de toute la question et pas uniquement les politiques de mort aujourd'hui en vigueur.

 
Argomenti correlati:
stampa questo documento invia questa pagina per mail