par Emma Bonino (1)Il n'y a dans le monde aucune une jurisprudence sur le SIDA. Dix points contre les discriminations et pour une sérieuse prévention. Le projet des radicaux pour contraindre les Pays membres aux recommandation de l'OMS.
SOMMAIRE: "La réponse globale à la pandémie du SIDA est encore inadéquate et peu réaliste. "La première réponse et la plus urgente est une action continue pour la réduction du mal", un point de départ qui doit être suivi par d'autres actions en commençant par le "refus de toute forme de discrimination". Le "décalogue minimum" des mesures à adopter est ensuite fourni. Mais en plus de la surveillance, il est nécessaire de parvenir à un véritable "cadre de référence juridique", c'est-à-dire à une "jurisprudence internationale sur le SIDA", avec l'application entre autre de la Convention sur les Droits de l'Enfance ou avec l'attribution à l'OMS d'un "mandat spécial" pour que ses "recommandations" deviennent contraignantes.
(1994 - IL QUOTIDIANO RADICALE - 8 décembre 1993)
La réponse globale à la pandémie du SIDA est encore inadéquate et peu réaliste. S'occuper, ensuite, du phénomène d'une manière pragmatique, dans une période où les institutions et les médias ont clairement baissé leur attention, peut paraître pour la plupart des gens comme une attitude contre courant. Vu cette négligence générale et cette irrationalité, il n'est pas surprenant qu'il y ait des controverses sur les interventions et sur la stratégie de la prévention qui doit être poursuivre.
Comment sortir de ce cercle vicieux? La première réponse et la plus urgente à fournir est une action continue sur la réduction du mal. En définitive, une seringue propre en échange d'une sale, du méthadone à la place de l'héroïne de rue, du sexe sûr et pas de l'abstinence.
Voilà le point de départ, qui doit être suivi par d'autres actions. Avant tout la protection des séropositifs et qui ont un Sida proclamé, pour la défense de leurs droits humains et le refus de toute forme de discrimination. En effet on ne peut tolérer les mécanismes de classification et de ségrégation, de même que les mesures coactives. En même temps que la défense d'abord des malades de Sida, il est nécessaire d'exercer une pression sur les Etats pour qu'ils améliorent l'information et réalisent une politique efficace de prévention et de contrôle et de surveillance sur les mesures adoptées et sur leurs conséquences.
Le décalogue minimum pour les autorités devrait prévoir:
1. l'accès pour les malades aux médicaments actuellement en vigueur et à des prix abordables;
2. la promotion et la distribution aux populations des préservatifs, considérés jusqu'à présent comme le moyen le moins dangereux possible;
3. une information sérieuse et une éducation dans les écoles et sur les moyens d'information;
4. des réserves sures de sang propre dans les hôpitaux;
5. la réalisation de programmes d'échange de seringues pour les toxicomanes consommateurs par voie intraveineuse;
6. la garantie du droit à la santé et à l'information;
7. l'amélioration du statut des femmes, en particulier dans les parties du monde où les femmes ne sont pas en condition de se protéger contre l'infection en vertu d'un pur acte de volonté, ne pouvant contrôler ou négocier un sexe sûr, y compris l'utilisation du préservatif;
8. la réduction du déséquilibre dans les investissements qui finissent par encourager l'émigration de masse et faire trésor de l'expérience occidentale;
Mais l'initiative politique ne peut pas se limiter à l'action quotidienne des autorités. Il est nécessaire, parallèlement, que l'on définisse finalement un cadre de référence juridique. A l'état actuel, il n'existe pas en effet une jurisprudence internationale sur le Sida: ce qui prouve combien d'énergies ont été dépensées en mille ruisseaux sans fournir une solution globale à la question.
Quoi qu'il en soit, certaines voies peuvent être poursuivies, en demandant par exemple la réalisation et le respect de la Convention sur les Droits de l'Enfance et celle sur l'élimination de toute forme de discrimination à l'égard des femmes. Et encore, il faut faire pression pour que soit approuvé un amendement à la Convention de l'ONU contre le trafic illégal de stupéfiants et de substances psychotropes (1988), visant à introduire le lien avec le SIDA et le principe du mal sanitaire et social. Pour finir, préparons la campagne pour conférer à l'Organisation Mondiale de la Santé un mandat spécial, grâce auquel les recommandations de l'OMS soit sévèrement contraignantes pour les Pays membres.
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N.d.T
1 - BONINO EMMA. (Bra 1948). Secrétaire (élue en 1993), Président du Parti radical (1992-1993), membre à plusieurs reprises du parlement européen, plusieurs fois député italien à partir de 1976. Parmi les promoteurs du Cisa (Centre Information sur la Stérilisation et l'Avortement), et militante active dans la bataille contre l'avortement clandestin, elle subit un procès à Florence et fut acquittée. Elle a participé à la conduction, même au niveau international, de la campagne sur la Faim dans le Monde. Parmi les membres fondateurs de "Food and Disarmament International", elle s'est occupée de la diffusion du Manifeste des Prix Nobel.