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Archivio Partito radicale
Mariani Lucio, Pannella Marco - 23 gennaio 1994
TREIZE REFERENDUMS ET BEAUCOUP PLUS
Un entretien avec le Député Marco Pannella

par Lucio Mariani

SOMMAIRE: Une longue interview complète qui prend en examen différentes questions de points de vue nettement étrangers au conformisme qui prévaut. Dans la première partie du 20 décembre 1993, les arguments principaux sont la bombe démographique, le colonialisme, l'extermination par la faim dans le monde, le tribunal international, l'accord avec l'Eglise Catholique, la corruption, les référendums, la caisse de chômage, le salaire minimum, les "autoconvoqués" de sept heures du matin, la Lista Pannella, la dette publique, Berlusconi... Dans la seconde partie de l'interview (23 janvier 1994), on affronte la question de la dissolution des Chambres et les perspectives du vote.

(DOTTORI COMMERCIALISTI, Revue de l'Ordre des conseillers commerciaux de Rome, mars 1994)

Il naît à Teramo, d'une petite bourgeoisie agricole et intellectuelle. En décembre 1945, à quinze ans, il s'inscrit au Parti Libéral Italien. Il fréquente à Rome la faculté de droit et, à vingt ans, il devient Président de l'U.G.I. (1) et ensuite de l'UNURI (2), il passe sa licence à Urbino avec une thèse sur les rapports entre l'Etat et l'Eglise.

Sa vie active commence en collaborant dans l'entreprise paternelle d'import-export, et il devient ensuite journaliste.

Il fonde en 1954, l'alliance entre partis "Jeune Gauche Libérale" et est parmi les promoteurs de ce Parti Radical qui se constitue entre 1955 et 1956 et dont les chefs historiques sont Pannunzio (3), Rossi (4), Carandini, Piccardi e Villabruna.

Avec Loris Fortuna (5), il crée la LID (6) et anime dès lors les grandes batailles civiles qui ont secoué la vie et les sentiments de la société italienne: les mouvements et les lois pour le divorce, l'objection de conscience, le vote à dix-huit ans, le nouveau droit de famille, l'avortement, la drogue.

A partir de 1976, il a toujours été élu à la chambre des Députés (et toujours démissionnaire en cours de législature). A partir de 1979, parlementaire européen, conseiller municipal à Trieste, Catanie, Rome et Teramo et conseiller régional du Latium et des Abruzzes, il se fait animateur, avec le Parti Radical, de quarante-cinq initiatives référendaires et précurseur de la lutte contre la "particratie".

Il est Président du Groupe Fédéraliste Européen à la chambre et Président du Parti Radical transnational. Sa pratique de l'escrime et de la nage remonte à la nuit des temps, mais sa fidélité au tabac est constante. Il aime la poésie à laquelle il revient toujours avec le même élan. Ses auteurs préférés sont Baudelaire, Apollinaire, Segalen, St John Perse.

Commençons cette conversation en l'abordant de loin.

Alimentons les voix de salon qui attribuent depuis toujours à Votre façon de concevoir et de faire de la politique le défaut hypermétrique - aller au-delà de l'emmétropie, dirait l'oculiste - celui de concentrer l'attention sur des phénomènes (apparemment) distants. La United Nations Population Fund, UNPFA, dans son rapport 1993, a mis en évidence la portée et le risque progressif de la "bombe démographique". Dans 8 ans, en 2001, les habitants de la Terre seront un milliard en plus, c'est-à-dire 6 milliards 261 millions et en 2025, 8 milliards et demi. A l'intérieur de cette croissance, la population africaine passera de 700 millions actuellement à 1 milliard 600 millions à la même époque. Le conflit "in vitro" de Gênes est-il une anticipation de laboratoire, du Doct. Mabuse? Comment éviter que différentes urgences de faim, de cultures très éloignées, ne s'affrontent?

Quel mélange de facteurs de contraste et de rééquilibre du phénomène peut être conçu pour favoriser un rapport acceptable entre les ressources disponibles et la croissance de la population humaine?

PANNELLA: Je crains l'annulation de toutes les mémoires et donc de toutes les cultures.

La réponse à la première question ne peut être trop sommaire et illustrée par des exemples. Car je crains que cette "croissance" bouleverse tout, et désertifie de civilisation la terre en quelques générations.

Je le crains depuis fort longtemps. Les premières fois que je fus dénoncé à la justice - j'avais à peine plus que vingt ans - ce fut parce que je prêchais l'utilisation de l'Ogino-Knauss, la conception responsable contre la procréation bestiale, la planification familiale et ... mondiale du développement.

L'Eglise Catholique, la lourdeur d'esprit violente de l'empire communiste et de ses aèdes partout, la cécité de la jungle dite capitaliste contre les exigences du marché libre, tout a conjuré pour nous battre. Les retours tardifs, partiels, à la raison, n'ont pas empêché de perdre l'occasion, aux début des années quatre-vingts, que nous avions créé dans une même convergence avec l'Eglise catholique, de faire aussi de la lutte contre l'extermination par la faim dans le monde la traction pour un renversement du cours de l'histoire. Aller de nouveau là-bas, pour s'unir à ces populations, faire fleurir les déserts, cultiver de nouveau les continents, recréer des conditions vivables de l'environnement, du monde. Nous devrions essayer de concevoir à nouveau la fabuleuse "épopée colonialiste" et coloniale. Donc des transmigrations et des migrations humaines conçues et réalisées non pas dans la fuite de la faim, mais gouvernées dans la raison et dans le droit national et international. Nous devons créer des parcours

à ces masses immenses de corps, de l'Europe au Sahel par exemple, plutôt que dans l'autre sens ...

... j'ai du mal à considérer que le principe de différence soit un bien répandu. Je reste donc sceptique aussi bien sur l'espoir que - en termes de consensus historique - l'on puisse comprendre sans distorsions le sens d'une proposition néo-colonialiste que sur l'attente de dépurer concrètement l'action d'un néo-colonialisme planétaire du facteur acquisitif, de conquête ...

PANNELLA: ... notre culture doit acquérir la vision, la conception du voyage, du déplacement, du travail, comme quelque chose qui ait non pas le signe de l'aventure, mais de l'itinéraire voulu, opportun, avantageux et la capacité du nécessaire. Le post-colonialisme a été bien pire que le colonialisme. En effet, il n'a pas hérité dramatiquement de ce dernier la composante d'expropriation et les insuccès finaux pour les métaboliser, mais il s'est contenté de nier, de détruire en bloc le "colonialisme" et la culture "colonialiste", souvent devenus histoire et culture particulières. Dont j'ai l'impression que l'on peut récupérer la dimension élevée et le coeur noble.

Le racisme est là où existe la peur pour son propre espace. Mais là où il y a de très grands espaces où accomplir de grandes oeuvres, je crois qu'il y ait l'instinct opposé d'accueillir et de rechercher d'autres gens, une autre main d'oeuvre ou d'autres associés qui remplacent ou intègrent notre incapacité, nos limites.

Sur les autres questions que Vous m'avez posé, je n'ai aucun doute. Dans le tiers monde la politique de contrôle des naissances avec la pilule et le contraceptif est, à elle seule, aussi nécessaire qu'insuffisante.

Il faut renverser la croyance suivant laquelle on est pauvres parce que l'on fait beaucoup d'enfants: au contraire, on fait beaucoup d'enfants parce qu'on est pauvres. Et par conséquent une limitation adéquate, volontaire et responsable des naissances pourra être la conséquence culturelle du développement. Seul le décollage vers le développement produira une prise de responsabilité, une prise de conscience, une réduction consciente des naissances. La priorité doit revenir à la lutte contre l'extermination par la faim comme traction d'une nouvelle épopée, vers un nouveau "Ouest" sans violence: une lutte menée au niveau transnational, sinon dans quelques années personne ne pourra arrêter l'exode de centaines de millions d'affamés vers l'irresponsable, aveugle occident.

Quelques questions pour recueillir Votre opinion sur la situation de l'"histoire présente". L'accord Rabin-Arafat, la situation somalienne et d'une manière générale en Afrique de l'Est, la réalité inhumaine de la ex-Yougoslavie, le débat dépouillé d'idéalité, de projet et de volonté qui se fait toujours plus serré, infructueux et coupable parmi les européens 'en attendant l'Europe' comme le Godot de la pièce de Samuel Beckett. De quelle manière le Parti Radical Transnational assume-t-il ces phénomènes et s'en charge-t-il?

PANNELLA: Nous essayons de réaliser un accord avec l'Eglise. Ça s'était déjà passé à l'époque de la bataille contre l'extermination par la faim dans le monde. L'attention est à présent concentrée sur l'installation et le fonctionnement du Tribunal ad hoc sur la ex-Yougoslavie, un Tribunal institué le 25 mai 1993 par le Conseil de sécurité de l'ONU avec la résolution 827. La résolution n'a pas encore été mise à effet. Nous sommes en train de pousser dans cette direction, c'est-à-dire vers la réalisation d'un Tribunal qui soit le premier vrai segment de juridiction planétaire.

Les images de Gaza, de la Somalie et de la Bosnie contribuent à nous immerger dans le cadre de la connivence avec la mort et de la violence à nos portes. De cette façon, la mort est introjectée. Passivement. La loi peut représenter alors une dissuasion énorme - peut-être la seule dissuasion authentique - contre le pouvoir de destruction de ces réalités...

... qu'entendez-vous par premier vrai segment de juridiction?...

PANNELLA: ... nous avons l'exemple de Nuremberg. Ce procès fut revêtu de droit, ex post. Avant lui, la doctrine, la pensée juridique, la norme même, avaient contemplé la possibilité de gagner une telle "compétence" spatiale de la loi. Mais la politique (qui avait été - et est - consommatrice de l'existant, sans être créatrice du nouveau possible et nécessaire) n'avait pas prévu une dimension aussi large de son affirmation, par le moment de la force juridictionnelle, l'instrument par lequel une loi s'affirme toujours, par lequel un Etat peut exister. Le Parti Radical est, pour l'instant, la seule organisation politique et à la portée de chacun de nos lecteurs, qui pour cela et de cela vit ou essaye de vivre...

... et en quoi consiste l'accord auquel vous essayez de parvenir avec l'Eglise de Rome?

PANNELLA: Je ne fais qu'un exemple, parmi tant d'autres. Sans trente cinq millions de dollars, l'ONU ne peut pas réaliser le premier procès. Pour obtenir cette somme - modeste en soi, mais dont l'ONU ne dispose pas - nous ne voyons pas d'autre solution que l'entente avec l'Eglise catholique, la seule capable, avec le "petit" Parti Radical, de le vouloir. Nous devons réussir à obtenir qu'avant trois mois la commission juridique de l'ONU - qui se réunira à la fin du mois de mars - mette au premier point de son ordre du jour le travail final de la proposition d'organisation du Tribunal international permanent. Ce document ferait, plus ou moins vite, le tour de trente, quarante Etats, pour obtenir un engagement de ratification, d'acceptation de la proposition. Si cela avait lieu, nous pourrions espérer que dans la session ONU de septembre/décembre 1994 la proposition soit adoptée et financée par l'assemblée.

Mais venons-en maintenant à notre "toute petite copropriété", au moment difficile de notre pays tourmenté. En juin de cette année, dans l'interview accordée à "Il Messagero" (2.6.1993), Borrelli déclara qu'il n'aurait jamais cru trouver un système de corruption aussi vaste. Et il ajouta: "on entend raconter maintenant que "tout le monde le savait". Pour nous, il n'en était pas ainsi. Ca peut paraître étrange, mais les magistrats sont souvent les derniers à savoir certaines choses, parce qu'ils sont aussi les derniers à recevoir certaines confidences... Ces derniers mois on m'a souvent demandé: pourquoi les juges n'ont-ils pas agi plus tôt?

La réponse est simple: les magistrats connaissaient un millième, un millionième de cette réalité".

Voulez-vous commentez, s'il-vous-plaît? Avec un petit détour critique également sur le rôle politique assumé par l'ordre judiciaire? Et voulez-vous continuer avec un petit excursus sur le terrain de l'économie assistée ou, du moins, administrée en nous expliquant Votre pensée sur la "Solution Crotone" et Votre projet de Tarante pour un salaire minimum au lieu de la caisse chômage pour les salariés de l'ILVA (7) en surplus?

PANNELLA: Je répète ce que j'ai déjà eu l'occasion de dire. L'ordre judiciaire a été le coeur de la corruption de l'Etat, et la défense même de l'identité et de l'image de la personne contre la violence la plus dangereuse et antidémocratique a été, pendant vingt ans, administrée 'contra legem', par l'abus et l'utilisation exclusive d'un rite inconnu aux codes. Je ne met pas en cause les magistrats en particulier, mais historiquement l'ordre judiciaire dans son ensemble. La culture est en quelque sorte notre ordre judiciaire, qui a amené à la corruption de nos lois féroces et extrêmement vigoureuses. A Borrelli (8) je dis que je sais qu'il ne savait pas, parce que les magistrats au lieu de faire attention au droit, ont fait attention à l'ordre. Entre l'ordre et le droit, il y a une contradiction nécessaire et dramatique; et le juge a été presque toujours pour la défense de l'ordre régnant. Les "historiens" de régime et les politiques eux-mêmes conviennent que l'ordre judiciaire aurait été forcé à une suppléan

ce vis-à-vis d'un un ordre politique absent ou défectueux. C'est faux. C'est plutôt le contraire qui est vrai. Le droit fasciste tombé, on en vient à la réalité des trente dernières années durant lesquelles les politiques ont continué à faire incessamment de nouvelles lois sur la base du principe que celles en vigueur n'étaient pas bonnes. En vérité les lois existaient, mais elles étaient systématiquement et impunément violées, l'ordre judiciaire ne les faisait pas respecter. Et on peut voir une association entre ce que j'ai dit et l'économie assistée ou du moins administrée, sur laquelle vous me mettez en cause avec votre dernière question...

... bien, parlons de caisse de chômage ...

PANNELLA: ... bien sûr, mais pas avant, alors, d'avoir ajouté que Borrelli, sur un autre plan, ne dit pas ou oublie la vérité. Sur ce qui est le plus tragiquement vital. Borrelli sait fort bien que l'ordre judiciaire distillait activement, férocement, une juridiction au service de la pire criminalité civile et économique, celle des organismes publics et semi-publics; il savait fort bien que nous radicaux poursuivions décennie après décennie (et de combien de jours, cher ami, de combien de nuits, de combien de pensées, d'instants, sont faites ces décennies, dont j'ai mémoire, présence, urgence, pas des "souvenirs", comme lui peut-être, jetés à la cave ou au grenier de la conscience!), une sorte de "voie judiciaire" utopique au droit, à la loi, à la démocratie, à une société de droit, et que la juridiction - pas la politique - nous ouvrait.

A l'unisson avec les communistes et les progressistes (ils s'appelaient alors "indépendants de gauche" ou "intellectuels engagés"), avec le quatrième pouvoir, ils ont permis que toute fonction de défense du droit à l'identité et à l'image de la personne - et des forces politiques et sociales minoritaires ou alternatives de marque libérale-libertaire, radicale, non violente - soit totalement niée, agissant systématiquement 'contra legem', pas uniquement 'extra legem', et ce fut une sorte de génocide culturel, d'anéantissement du citoyen. La liberté de presse pour chaque citoyen est devenue son contraire: la "liberté" des puissances éditoriales de parti ou de mafia, armées de tels et de tellement de privilèges qu'elles empêchaient à la fin la simple nouvelle de dénonciations pénales contre des coups d'Etat "blancs", institutionnels: ceux dont est mort Moro (9) et ont été assassinés (physiquement, et un très grand nombre moralement) des hommes politiques, des militants, des dissidents du pouvoir et des pouvoirs

...

Et à présent, ces mêmes sujets, sont sur le point de créer et de dominer la deuxième mi-temps de la première République hors-la-loi (rien à voir avec la seconde République!) sans pouvoir même plus tolérer le millimètre d'opposition à laquelle autrefois nous avons pourtant donné corps...

... bien, revenons à la caisse chômage ...

PANNELLA: ... la caisse chômage permet-elle le maintien de l'emploi?

Non. C'est un expédient qui tente de cacher une contradiction: l'amélioration technologique implique une réduction de l'emploi dans les vieux secteurs économiques.

Toutefois le contribuable paye un salaire annuel - ou plus qu'annuel -, quoique réduit, aux chômeurs, pour permettre encore plus de socialisation des pertes et des privatisations des profits aux propriétaires (toujours plus financiers, et toujours moins chefs d'entreprise). On doit en conclure que la caisse de chômage est une manière de financer l'entreprise en crise contre le risque qu'elle produise du chômage. Ceci crée un double préjudice au système économique-productif: très souvent on garde en vie un secteur en déconfiture, et on empêche que ce facteur - l'argent utilisé - soit placé dans des secteurs économiques de pointe qui fassent aussi naître de nouvelles réalités de travail.

C'est une escroquerie concordée, parce qu'il n'arrive jamais qu'on réembauche tous les salariés d'une manière durable, et ça devient donc uniquement un moyen pour garantir la continuation de la vie d'une industrie, en général pendant quelque temps. J'ai été contre la première phase de la négociation de Crotone. Mais la conclusion a été plus sage. Accepter de négocier sous le chantage de la révolte signifie accorder un luxe de sensibilité - aux dépends d'autrui - que les institutions de gouvernement ne peuvent pas se permettre ...

... j'ai compris, mais pour l'ILVA?

PANNELLA: ... il y a longtemps que l'ILVA devait être fermée, même si ça ne devait évidemment pas avoir lieu par décret. Si vous préférez: "convertie". La négociation de Bruxelles a ressemblé parfois au marché aux vaches de Vérone. Les privatisations de réalités patrimoniales publiques ne doivent pas nécessairement comporter une "fidélité au secteur" des projets industriels privés. Il faut réfléchir, concevoir à nouveau, évaluer les coûts économiques de la récupération, estimer les bénéfices de solutions alternatives .... de quatre sous gaspillés dans la vieille ville.

Mais l'ILVA est cette même "Tarente" qui, si elle avait vu utiliser, par exemple, un dixième des capitaux jetés dans les hauts fourneaux, pour valoriser son immense capital de beauté, d'histoire, de culture, serait "riche" - aujourd'hui - de masses de "touristes" qui ne seraient pas de masse.

... je suis d'accord. Mais je continue à ne pas saisir la substance salvatrice de Votre "salaire minimum". Un salaire qui devrait grever une entreprise en agonie et incapable de le payer, qui préserve, tout en la violant, l'équation effort/mérite. Ça reste en tout cas un instrument du solidarisme catholique - un moyen qui est toujours réparateur mais jamais de croissance - un amortisseur social: celui qui souffre le drame de ne pas travailler reçoit en compensation des indulgences pour être resté sans travail...

PANNELLA: ... le salaire minimum garanti doit pouvoir résoudre des problèmes élémentaires de mécontentement, d'attente, de désagréments, de difficultés: toutefois s'il est minimum, il ne satisfait pas les travailleurs; s'il n'est pas trop minimum, nous le craignons. Il doit donc être "à l'heure" et lié à un calendrier de conversion d'investissements, comme je disais... et également de mobilité humaine, civile, culturelle, éliminée par la "culture" de l'assistance, syndicaliste, qui défend le "travail" aussi comme "servage" de la glèbe, d'homme incapable de voyage, d'ailleurs, de recherche, d'horizons si ce n'est comme des tabous auxquels il ne faut pas toucher ...

... bien. Passons à autre chose. Pannella et "ceux de sept heures du matin". Il y a six mois, le fait que vous ayez organisé les réunions et recueilli les raisons des soi-disants parlementaires 'autoconvoqués' fit grand bruit. Et tandis que des colonnes de "La Repubblica" Gambino évoquait l'image - un peu floue et littéraire, à vrai dire - de la Convention de la révolution française et tonnait contre des attitudes et des occasions de Votre part de gardian de la politique, Vous expliquiez sur "Il Messagero" (25.6.1993): »J'ai déjà déclaré l'année dernière que je ne veux pas d'autres 'Places Loreto' (10), mais une justice digne de ce nom, et la démocratie également comme moyen et méthode . Et après avoir rappelé les capacités d'un Parlement, qui avait su exprimer les gouvernements Amato (11) et Ciampi (12), d'acquérir des mérites forts importants, Vous disiez, entre autre: »Le Pays réel lui-même, ou la société dite 'civile', n'a pas à jeter de premières pierres . Elle les a consommées lorsqu'elle a contribué à

lyncher les capables et les honnêtes - pas pour parler, mais pour le témoignage d'une vie, de dizaines d'années - s'arrangeant à l'italienne dans la corruption et dans le respect de partis et d'institutions littéralement et longtemps hors-la-loi . Et Vous repoussiez pour finir l'anathème lancé contre les parlementaires »qui n'entendent pas permettre le lynchage du Parlement, son expulsion comme s'il était lui-même un malfaiteur et annonçaient vouloir simplement faire arriver au Pays la voix bâillonnée de leurs Présidents sur le travail accompli et en cours d'oeuvre . Voilà, expliquez-nous bien, au-delà de l'ouverture de l'énième de vos "tables" - peut-être un peu plus raffinée - au-delà de la digne fonction d'isolant, du désir de renvoyer les élections le temps nécessaire, que se promettait cette opération politique?

PANNELLA: Mais ce n'était pas du tout une "opération politique"! Je peux utiliser dans ce cas aussi la citation désormais abusée de Canetti: »tu leur indiques la lune, et ils regardent ton doigt . Ou plutôt, ils te plantent leur téléobjectif sur l'ongle, et ils attendent l'apparition d'un peu de saleté.

D'une manière générale, les parlementaires ne sont à Rome que quelques jours par semaine, durant lesquels se concentre un travail harassant, du matin au soir, de commissions, comités, salles, réunions de groupe, etc. A la fin, j'ai compris que si tu voulais te réunir avec un bon nombre des plus actifs, tu dois le faire de façon à ce que la rencontre soit terminée avant neuf heures du matin. Donc à sept heures. A chaque fois j'ai invité, avec des lettres personnalisées et en les signant personnellement, tous les sénateurs et députés sans aucune exception, des Présidents jusqu'aux fédéralistes européens. C'est la seule raison, je pense, pour laquelle les "enquêtés" sont venus aussi. J'avais été, avec les radicaux historiques, celui qui avait accusé le régime d'être et d'avoir constitué un ensemble d'"associations de malfaiteurs". Mais ils comprenaient à présent que nous avions le ton et les raisons de procureurs honnêtes, d'accusateurs tolérants, parce que nous les accusions de délits, de fautes, de faits préc

is, pas d'indignité morale. Nous ne les lynchions pas, nous demeurions avec le fardeau impossible (ou "impossible" à exhiber) de la preuve.

Bien sûr, j'ai eu aussi un doute, et je l'ai cultivé. Beaucoup de ces "enquêtés" étaient "aussi" innocents. Quoi qu'il en soit, tous, étaient lynchés, déjà condamnés, pour l'instant, dans leurs affections, chez eux, dans leurs villages, dans leurs partis ... C'est peut-être d'eux que pouvait venir la force du désintérêt, d'un grand sursaut de dignité, d'option "gratuite" pour nos propositions, de lancer outre l'obstacle du marécage les objectifs idéaux d'une ou deux véritables grandes réformes: celle "américaine", au lieu de celle de Matarella ou des "deux tours", véritable essence de la proposition des conservateurs de tout bord. Le lynchage dont nous fumes immédiatement objet ne le permit pas.

En-dehors d'un certain contexte, aucun texte n'est lisible, pas même celui que vous avez rappelé. Quel était le contexte, par conséquent? Depuis que - en mai 1993 - "L'Espresso", "Panorama", "Famiglia Cristiana" avaient annoncé que la Lista Pannella représentait la quatrième force politique italienne avec 8,5%, la peur et l'ostracisme se déchaînèrent. L'énième tentative de nous enterrer vivants, dans le silence. Pourquoi à sept heures? Les actifs viennent à sept heures. Et il n'y avait qu'à cette heure-là qu'on pouvait trouver quelqu'un. Mais dans ces réunions, jamais on n'a parlé d'enquêtés ou de mesures-éponge. Et je confirme ici que, parmi les derniers Parlements, celui-ci a été le meilleur ...

... un instant. Expliquez-nous ce qui aurait motivé la 'peur' de l'establishment pour la croissance de la Lista Pannella ...

PANNELLA: ... pourquoi "peur"? N'oubliez jamais une chose, s'il-vous-plait. "Ils" savent ce que personne, ou presque, n'est en condition de savoir. Si à la place de la "Rete" ou des progressistes, des partisans de la continuité et des comme il faut de régime, des pharisiens et des philistins, il y avait la Lista Pannella, on passerait de la 'Tangentopoli de l'argent' (13) à celle du droit, des droits, dans tous les autres secteurs de la criminalité de régime de ces trente dernières années.

Les autorités historiques de l'ordre judiciaire, de la corporation des "communicateurs" de régime, des éditeurs, des tant d'autres corps séparés, et ceci pas uniquement au niveau des autorités centrales, mais des autorités décentralisées, devraient tout payer. Je le répète: j'ai de la mémoire. Pas des souvenirs. La présence d'un futur possible, que l'on veut. Avec - si possible - des droits de défense et de tolérance exaltés, mais ils devraient payer, et ils payeraient. Nous faisons encore peur quasiment à tout le monde parce que - en commençant par le parti de la "race patronne" de De Benedetti (14) et Scalfari (15), de Cuccia et du IOR (16)- ils savent que nous serions parfaitement en mesure de gouverner, et de durer dans le gouvernement du pays. Le MSI (17) sait aussi que nous avons dénoncé des épisodes sordides et extrêmement graves dont ils n'ont pu se sauver que grâce à la couverture active du PCI (18). Pas uniquement dans la Naples de l'après tremblement de terre...

Donc, à partir de ce moment-là, à partir de cette nouvelle sur la tendance à une avalanche "pannellienne", après que l'affrontement référendaire à "equal time" m'avait permis pour la première fois de me confronter publiquement pendant trois ou quatre semaines avec "tous les hommes du roi", le réflexe a recommencé à être instinctivement féroce, général, dans - et de la part de - toutes les histoires et chroniques.

C'est clair. Nous nous occuperons ensuite et en détail des référendums proposés par la Lista Pannella. Nous voudrions cependant que vous vous attardiez sur une question qui nous est particulièrement à coeur: les prochaines élections. Non, nous n'entendons pas affronter le discours fort compliqué de celle que Vous avez défini comme une "contre-réforme": nous voudrions seulement Vous demander si - vu le moment actuel - Vous jugez que les élections représentent le moyen 'pour faire clair', comme on dit dans la Marine, pour démêler une pelote. Bref, peut-on prévoir que les espoirs de Bobbio et de tant d'autres aient un fondement? Autrement dit, que grâce aux élections, on arrive aujourd'hui à un Parlement non seulement respecté - et de façon pas tellement différente -, mais en mesure, de par sa composition, de garantir des majorités robustes et responsables qui appuient un gouvernement stable, illuminé, suffisamment indépendant et capable d'achever les réformes entamées et d'en réaliser de nouvelles et nécessair

es, pour douloureuses qu'elles soient? Ou peut-on prévoir que l'on accordera seulement l'espace limité d'un Parlement "constituant"? En novembre 1919 aussi - lorsque le système proportionnel à deux tours remplaça le Collège uninominal - il y eut un grand échange parlementaire, les partis de masse gagnèrent mais le système politique se rendit ingouvernable et ses résultats sont connus.

PANNELLA: Je ne peux que me limiter à faire des prévisions. Je répète depuis un an qu'il y a quatre grands partis (le MSI aussi), et pas trois. Avec le nouveau système électoral nous pourrions avoir dix-huit - vingt sigles de "partis", car ce système fait en sorte que le système des partis et le nombre de partis se reproduisent par scission. Même si, comme je l'espère, si j'étais mauvais prophète, je voudrais en attendant un gouvernement qui gouverne jusque-là, la conjoncture. Je voudrais un gouvernement Ciampi-bis "réformateur". Dans ce cadre, les treize référendums que nous avons lancés sont un acte de prudence. Ils donnent davantage de sens de responsabilité, d'urgence des délais, et représentent aussi une épreuve d'appel pour 1995, si 1994 devait se révéler un désastre, désastreuse.

Je suis le partisan isolé de l'idée que la grande force de la démocratie représentative présume, exige presque du point de vue structurel un écart entre les temps de la place et ceux du gouvernement. Là, dominent aussi forcément le défoulement hygiénique des sentiments, des ressentiments, des passions, des peurs, des mythes. Ici, la procédure exige et garantit une lenteur de réflexion. Pourvu que le gouvernement ait, comme il doit avoir dans notre vision anglo-saxonne, des pouvoirs suffisamment forts. Donc, il me parait aussi raisonnable (même si la doctrine, sur ce point, a été très prudente) de dissoudre un Parlement lorsque l'écart entre lui et l'opinion publique est manifeste et prolongé, lorsque en définitive, ce n'est plus et uniquement une question de sentiments et de ressentiments, mais d'une prise d'acte de manifestations institutionnelles réitérées (élections administratives, référendums) d'une opinion publique solidement contraire et autre que celle qui avait exprimé ce Parlement ...

... oui, mais le prochain Parlement devra accomplir des choix fort impopulaires, et l'"écart" pourrait être, de fait, fort et immédiat ...

PANNELLA: ... bien sûr. La limitation - aussi bien de la dette publique que du déficit - ne suffit pas toute seule. C'est là notre désaccord avec Amato et Ciampi. Nous devons donner pour sûre la conjoncture internationale, dans laquelle exploseront certainement des conflits sociaux. Il faut les anticiper et les promouvoir, les choisir, pour les gouverner, et ne pas en être renversés. A partir de 1984, nous présentions au Parlement des amendements à la loi financière qui prévoyaient une réabsorption de onze pour cent de la dette publique, outre que du déficit. Si nous restons encore six mois hors du SME, nous serons du point de vue structurel incapables d'y rentrer. Dans six-huit mois - voilà l'illusion réformiste - les mécanismes du SME créeront des facilités et des amortisseurs indirects (grâce aux exportations) dont nous ne saurons pas profiter, que nous ne réussirons pas à suivre. D'autant plus si les soi-disants progressistes obtiendront aussi le peu de pouvoir qui leur manque pour l'avoir totalement, et

si nous ne commençons pas tout de suite à leur tirer nous-mêmes les marrons du feu, tout le monde en souffrira, et la faillite et les dangers seront assurés.

Si la préfiguration des grandes coalitions est difficile et complexe, si les profils de certains sujets politiques en gestation sont encore indéfinis, la chose la plus dure est de chercher les véritables nouveaux interprètes politiques: quels seront les événements, quelles seront les machines qui serviront de sage-femme? Quelle place aura dans le prochain futur la soi-disant "politique virtuelle"? Quels résultats aura l'initiative du Bon gouvernement de Berlusconi? Des juges acclamés aujourd'hui pourraient-ils être tentés par la grande politique? Avec quels effets probables?

PANNELLA: Berlusconi - qui n'a pas encore choisi d'être un sujet, "proprement" politique - a adhéré à certains référendums. Mais on n'invente pas une classe dirigeante, on doit aussi respecter le passé, en faire trésor, pour pauvre qu'il soit. Je ne crois pas à l'unité des générations mais à celle de père en fils, qui - si elle existe - est toujours également élective, morale. Voyez ce qui se passe en Espagne. Suarez garantissait un gouvernement de transition; mais il n'a pas réussi ensuite à devenir classe dirigeante. Le PDS ou la coalition autour du PDS ne sont même pas Suarez: ils sont l'opposition interne, les différentes forces qui permettront la durée du franquisme et qui pourront le relancer.

Vous n'avez pas répondu à tout. Cependant, maintenant, parlons des référendums que Vous avez proposé dans la convention du 9 octobre. Je vous prie d'en schématiser, en résumé, le contenu. Donnez-nous en particulier des explications sur les deux référendums qui, personnellement et à ce moment de ma réflexion, ne me persuadent pas; je parle de celui qui se rapporte à l'abrogation de la publicité pour la RAI (19) et, surtout, celui pour l'abrogation des normes sur les retenues à la source sur les revenus du travail des salariés, avancé aussi d'ailleurs par la Ligue du Nord.

Attardez-vous sur les raisons de ce dernier référendum, sans mettre en cause les paradis du civisme, du sens de l'Etat et de l'Administration, comme la France, expliquant comment éviter la sanctification de l'évasion de Noël et la tendance italienne à faire comme la cigale et tenant compte de l'exigence inéluctable de continuité du rendement fiscal.

PANNELLA: Il est difficile de schématiser, là où par contre il serait nécessaire d'illustrer. Le Mouvement des Club Pannella, la Ligue du Nord et d'autres forces et d'autres personnalités ont proposé treize référendums sur des grands thèmes de la vie italienne qui vont des lois électorales avec système majoritaire anglo-saxon aussi bien pour les Chambres que pour toutes les communes, à l'abrogation de la Caisse de Chômage, à l'option pour l'assistance sanitaire publique ou privée, à la libéralisation des licences d'ouverture et des horaires de fermeture des exercices commerciaux, à l'abolition du séjour conservatoire pour la criminalité organisée, et d'autres encore, tout aussi importants, parmi lesquels ceux sur lesquels s'inscrit votre censure.

... trop de choses dans le panier ...

PANNELLA: ... beaucoup de choses, mais toujours dans la ligne d'un esprit de service pour la démocratie et de celle de sauvegarde, de ce rempart dont nous avons parlé auparavant, dans l'hypothèse - que personne ne souhaite mais possible que le sort de la nation ne soit pas heureux un an après la formation du nouveau Parlement.

... contentons-nous alors - pour respecter ce qui intéresse le plus nos lecteurs - d'expliquer les raisons et les intentions du référendum sur l'abrogation du substitut d'impôt. Le tract des Club Pannella dit: »les travailleurs recevraient l'entièreté de leur paye et ce seraient eux, et pas les employeurs, qui effectueraient les versements au fisc pour rendre transparente la pression fiscale et par conséquent le coût de l'Etat . Je n'en suis pas persuadé, comme je Vous l'ai dit. Il y a des années, plus de dix ans, que j'affronte, avec des reproches et des propositions, la question du coût de l'Etat, mais celle-ci ne me convainc pas.

PANNELLA: ... laissez-moi exposer, ou plutôt pour abréger, laissez-moi lire les conclusions de la relation de l'économiste Antonio Martino à la convention radicale du 9 octobre: »...Du point de vue pécuniaire, rien ne changerait: le "produit pour le fisc resterait inchangé, de même que le coût du travail et la rémunération nette. Cependant, la différence serait énorme, parce que les travailleurs découvriraient l'importance de la retenue qui pèse sur eux. Il est probable que s'ils le découvraient ils ne le permettraient pas, mais c'est justement le grand avantage de la transparence en matière fiscale. En effet, un système politique qui prélève des poches du contribuable plus de la moitié du revenu de manière subreptice, conscient du fait que, si le contribuable se rendait compte de l'importance du coût de l'étatisme qui l'accable, il ne le permettrait pas, n'est pas uniquement un système politique frauduleux, mais également un système politique antidémocratique. Démocratie signifie, entre autre, que le peuple

contrôle le travail de son gouvernement; ceci est impossible lorsque le coût de l'activité de gouvernement est caché au contribuable. Celui qui croit à la démocratie ne peut pas renoncer à ce principe éthique fondamental: les impôts doivent être visibles"

Avec le résultat que toutes les réflexions contraires que j'ai exprimé précédemment seraient d'actualité et pleines de fondement...

PANNELLA: ... vos craintes sont réalistes. Mais si nous ne donnons pas une secousse - celle-ci par exemple - nous n'aurons plus à disposition un temps raisonnable encore possible pour gouverner l'état des choses, et sur l'escamotage et l'évasion de toutes les classe nous ne ferons pas de pas essentiels en avant. Il est impossible de ne pas aller à la débâcle si l'Etat continue à avoir la garantie que le revenu du travail salarié lui est en tout cas assuré. On ne peut pas accepter plus longtemps que l'on gouverne le pays sans assurer à la classe du travail salarié la participation des autres classes, sur le revenu desquelles en effet, personne n'a l'intention de commencer à travailler sous la menace, que, sinon, elles courent vers la faillite. Pendant vingt-cinq ans les commerçants n'ont pas payé de taxes, ils ont payé des petits loyers et ont eu peu de travail. Par conséquent, souvent ils n'existent pas en tant qu'entreprises éprouvées d'un marché libre et réglé. La réponse est dans une question: pouvons-nou

s nous permettre de renvoyer les risques de cette crise? Et encore, renvoyer cette crise en attendant quoi? Alors, voilà la "révolution". Il est probable que ces contribuables ne payeraient pas eux aussi. Mais alors qui doit changer, ceux-là, ceux-ci, le système ou l'entreprise Pays? Si nous ne réussissons pas à obtenir que le travail salarié ne soit pas la seule certitude et le plat principal du produit fiscal, mais que le soit aussi tout le reste de la société, nous aurons en tout cas l'écroulement du système; nous aurons des révoltes fiscales...

... Il n'y a pas eu moment plus malheureux que celui-ci pour faire une telle proposition. Elle aura beau jeu l'entreprise commerciale qui pourra dire: "bien sûr, je suis prêt: rappelle-toi cependant que maintenant on ne produit pas de nouvelle richesse et sans nouvelle richesse je ne peux pas contribuer".

Mais avouez, n'y-a-t-il pas eu un peu d'astuce dans le fait de proposer ce référendum, pour essayer autrement dit d'avoir aussi un effet de traction sur les autres?...

PANNELLA: ... contrairement à tout le monde, je suis convaincu que ce référendum risque de nous massacrer: les autruches devant le danger ne tolèrent pas qu'on le leur fasse voir ...

... on a suffisamment discuté à ce propos. Concluons à présent en affrontant les résultats des élections administratives à Rome, à Gênes et à Naples. Vos considérations sur la surcharge 'politique' des succès dans les administratives, sur l'effet dans le social de ces succès, à la lumière du broiement du "Kratos". Que peut-on s'attendre réellement des nouveaux maires et des nouveaux conseils de Rome, Gênes et Naples?

PANNELLA: Je ne peux pas généraliser. De Rome et de Gênes, je m'attends les premiers épisodes - et pas uniquement - de "bon gouvernement" d'une ville et du pays: Les deux maires élus et leurs Conseils sont outillés de manière extraordinaire pour gouverner des situations qu'ils connaissent comme aucun de leurs prédécesseurs. De Rutelli on peut s'attendre une activité sérieuse et constante, dans le sens d'une attention complexe et convergente, dans la juste direction. De Sansa, une mise à profit des lois comme personne d'autre n'a été capable de faire dans le gouvernement d'une ville...

... y aura-t-il une contamination, une incidence, une imitation du vote administratif sur le vote politique?

PANNELLA: Oui ...

Fini et le MSI rendront-ils beaucoup du vote obtenu ou garderont-ils beaucoup?

PANNELLA: ... ils garderont beaucoup. Le centre en constitution tel qu'il apparait aujourd'hui n'ôte de suffrages à personne. Le vote de Fini est réactionnaire, c'est-à-dire qu'on le vote par réaction. Une petite partie l'a voté consciemment. En outre, Fini n'a pas de classe dirigeante...

... je comprends, bien que je ne voie pas quels faiseurs de miracles et quels miracles, apparus entre-temps, devraient transformer le vote réactif en vote conscient et actif ...

Je vous salue et je vous remercie.

20 décembre 1993

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23 Janvier 1994

Les événements de décembre à aujourd'hui m'imposent de revenir Vous demander des opinions sur la phase "mûrie". Nous arriverons au vote du mois de mars sans pouvoir compter sur aucune "collection d'habitudes" du moment qu'il a été défini "la fraction sans visage d'une époque, une situation sans aucune relation avec des expériences passées, quelle que soit la variante qu'on avait supposé ou projeté d'introduire". Nous arriverons (presque) au fond d'une récession économique lacérante, en crise flagrante - de système et d'exercice - aussi bien politique qu'institutionnelle. Dans le vide idéologique le plus absolu et dans l'inexistence d'une échelle de valeurs civiles, dans la méfiance consommée et générale pour le principe de délégation, dans la fluidité des coalitions et dans leur composition hétéroclite, dans l'indétermination des programmes de gouvernement et dans l'inconnue sur les gérants, sur la méconnaissance de candidatures parlementaires improvisées, dans le transformisme de beaucoup de gens, dans la c

onfusion de tous, élisants et électeurs, sur les scénarios qui remplaceront la première phase du majoritaire uninominal, corrigé au 'fernet' (20) proportionnel.

PANNELLA: Oui, mais ne contemplons pas trop le désastre, si ce n'est - comme on avait l'habitude de dire - pour essayer de le surmonter. Le temps qui s'est écoulé depuis le 20 décembre, date de notre entretien, est aussi, à mon avis, celui d'un temps "avisé". Trois jours plus tard, j'ai dû inventer la "motion de refus de confiance", désormais aussi tristement célèbre que "les réunions de sept heures du matin", qui ont par contre forcé beaucoup d'éléments insondables à être sondés. Nous savons à présent que nous ne savons pas, et - probablement - aussi ce que nous ne savons pas.

Limitons la question, si vous permettez. Le Parlement a été obligé de tolérer l'intolérable, sur le plan constitutionnel. Il a dû ratifier un décret, un petit mais vrai diktat du gouvernement Ciampi en matière électorale: pour une fois la doctrine, quoique dans ses marges disloquées, violées, est unanime. On ne pouvait pas le faire. Ce n'est pas légal, ce n'est pas légitime.

Pourquoi? Lorsque les Chambres ont été dissoutes, nous avions déjà crié que, si elles étaient dissoutes sans attendre une ou deux semaines, l'Administration n'aurait pas pu être prête pour le 20 mars, et on aurait dû voter durant la Pâque juive, alors qu'en juillet dernier, et ensuite en décembre, le Rabin Toaf et Tullia Zevi avaient rappelé cet obstacle insurmontable. Il suffisait d'attendre quinze jours pour les dissoudre, et on aurait pu voter le 10 avril, la date que nous avions proposé, crié, pour n'en tirer que l'écho défiguré de toute la presse, et des Débats radio-télévisés: Pannella stratège du parti du renvoi, motion de refus de confiance pour le renvoi, etc... le journalisme, unanime, officiait et l'Italie suivait le rite.

Oui, parce qu'en Italie, les directeurs de journaux et les journalistes représentent "les gens", "le pays" ... mais laissez-moi remettre le refrain du vieux 78 tours griffé que je suis: "en Italie, tant que quatre-vingts pour cent des journalistes, des magistrats, des syndicrates ne s'en iront pas avec 80% des politiques également d'opposition à l'intérieur du régime, on passera non pas à la deuxième République, mais à la deuxième mi-temps, la plus tragique, de la première ..."

Et ainsi, on a obéi. On vote en mars. Et, pour augmenter au maximum le nombre de votants, pendant deux jours entiers, les deux jours les plus longs du siècle pour la durée du vote ... Et, aussi, monsieur le Gouvernement, les plus coûteux, quatre cents milliards en plus.

... mais pourquoi?

PANNELLA: Nous avons à présent un premier noyau, inébranlable, de réponse. Si le Parlement était encore resté en vie pendant deux semaines, nous aurions sûrement eu trois nouveaux faits:

1. les italiens à l'étranger auraient voté eux aussi (le 10 avril): des millions de votants en plus, considérés à tort ou à raison favorables à la Démocratie chrétienne, au MSI, et également aux socialistes; et très peu aux "progressistes";

2. on aurait changé la loi électorale pour le Parlement européen (la campagne électorale commence le 12 mai, et on votera le 12 juin), avec le risque que l'on légiférât sur l'inégibilité des Maires. Alors que pouvoir faire présenter (s'ils s'y prêteront) dans une grosse liste progressiste les Orlando et les Bianco, les Rutelli et les Sansa, les Castellani et les Cacciari, en plus des Formentini et des nuées de Maires de moyennes et grandes villes du Nord favorables à la Ligue du Nord, aujourd'hui, sans changer cette loi, garantit que le pays fournit une ratification du succès progressiste et de la Ligue du Nord;

3. Pour finir, troisièmement mais peut-être premièrement, dissoudre "tout de suite", comportait l'annulation des cinq millions de signatures authentifiées, du danger "13 référendums dans un an", un vrai pistolet pointé contre le régime sorti du vote du 27/28 mars, avec les propositions de passer immédiatement au système américain, balayant la vieille et la nouvelle particratie, de couper définitivement les griffes au pouvoir des syndicats, de rendre au marché des parties du pays suffoquées par les carcans corporatifs ... Risquer, presque certainement, de devoir affronter une révolte possible de dizaines et de dizaines de millions d'électeurs, ça ne devait pas être permis ...

... ça me parait beaucoup. Mais c'est tout? ...

PANNELLA: ... il y avait et il y autre chose. Contre le Président Scalfaro (21), en deux ou trois semaines, s'est déjà déchaîné plus que ce que durant presque une année fut déchaîné contre le Président Segni, jusqu'à le tuer pas uniquement sur le plan politique et institutionnel. La "presse modérée" a agit ici encore plus stupidement - et il ne faut pas le sous-estimer - que les exécutionnistes "de gauche".

Quelque chose, à la fin, a obligé (quelque chose, pas quelqu'un) le Président Scalfaro - probablement tenté de démissionner - à se soumettre à cette "urgence", à cet impératif catégorique, kantien, moral: pas une heure de vie en plus au Parlement. Le programme révolutionnaire de prise totale du pouvoir ne tolère pas d'être dérangé. Comme déjà à d'autres reprises dans le passé Scalfari a déjà annoncé la prochaine étape: Scalfaro doit s'en aller, tout de suite après les élections, peut-être même pour élire à sa place Borrelli, ou Ciampi, ou Caponnetto (22) ...

Le Pays, à présent, est de nouveau "comme il faut". Michele Santoro (23) est son émotion, son ventre, ses racines. Rien n'a changé. Première République, deuxième mi-temps ...

Je vous remercie. Vous avez parlé, vous avez parlé ...

23 janvier 1994

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N.d.T

1 - UGI. Union des étudiants universitaires d'orientation laïque.

2 - UNURI. Union nationale des étudiants universitaires italiens.

3 - PANNUNZIO MARIO. (Lucca 1910 - Rome 1968). Journaliste, italien, libéral. Directeur du quotidien "Risorgimento Liberale" entre 1943 et 1947, il fonda ensuite (1949) l'hebdomadaire 'Il Mondo" qu'il dirigea pendant dix-sept ans, le faisant devenir un modèle inégalé de journalisme moderne européen. Inscrit au Parti libéral italien, il fut ensuite parmi les fondateurs du Parti radical, qu'il contribua pourtant à liquider quand fut formé le centre-gauche.

4 - ROSSI ERNESTO. (Caserta 1897 - Rome 1967). Homme politique et journaliste italien. Leader du mouvement "Justice et Liberté", arrêté et condamné en 1930 par le fascisme, il resta en prison ou en exil jusqu'à la fin de la guerre. Il écrivit avec A. Spinelli le "Manifeste de Ventotene" et fut à la tête du Mouvement Fédéraliste Européen et de la campagne pour l'Europe unie. Parmi les fondateurs du Parti radical. Essayiste et journaliste, il lança des colonnes du "Mondo" des campagnes très vives contre les ingérences cléricales dans la vie politique, contre les grands états économiques, contre le protectionnisme industriel et agraire, les concentrations de pouvoir privées et publiques, etc. Ses articles furent rassemblés dans des livres fameux ("Les maîtres de la vapeur", etc). Après la dissolution du Parti radical en 1962, et la rupture conséquente avec le directeur du "Mondo" M. Pannunzio, il fonda "L'Astrolabe" des colonnes duquel il continua ses polémiques. Dans ses dernières années il se rapprocha et s'i

nscrivit au "nouveau" Parti radical avec lequel il lança, en 1967, l'"Année Anticléricale".

5 - FORTUNA LORIS. (Breno 1924 - Udine 1985). Homme politique, italien. Présentateur, en 1965, du projet de loi sur le divorce approuvé au parlement, après des années d'initiatives et de batailles menées aux côtés du Parti radical, en 1970. Présentateur aussi de projets de loi sur l'avortement et sur l'euthanasie passive (mais ce dernier n'est pas passé). Ministre de la Défense civile et des affaires communautaires.

6 - LID. Ligue Italienne pour le divorce.

7 - ILVA. Usine sidérurgique, qui a été 'assistée' par l'Etat en 1993, après une longue grève et des révoltes populaires.

8 - BORRELLI SAVERIO. Procureur général au palais de justice de Milan.

9 - MORO ALDO. (Maglie 1916 - Rome 1978). Homme politique italien. Secrétaire de la Démocratie chrétienne (1959-65), artisan de la politique de centre-gauche. Plusieurs fois ministre à partir de 1956. Président du Conseil (1963-68, 1974-76), à partir de 1976 président de la Démocratie chrétienne, il préconisa le rapprochement du Parti communiste italien (PCI) au gouvernement traçant l'hypothèse d'une soi-disant "troisième phase" (après celles du "centrisme" et du "centre-gauche") du système politique. Enlevé par les Brigades Rouges à Rome, le 16 mars 1978, il fut retrouvé mort le 9 mai de la même année.

10 - PLACE LORETO. Place de Milan où, après la libération de la ville, les corps de Benito Mussolini et de son amante Claretta Petacci fusillés à Giulino di Mezzegra, sur le lac de Côme, par les maquisards, furent amenés et pendus par les pieds.

11 - AMATO GIULIANO. (Turin 1938). Homme politique, expert de droit constitutionnel. Extraparlementaire de formation, socialiste par la suite. Député dans plusieurs législatures, sous-secrétaire à la Présidence du Conseil dans les deux gouvernements Craxi. Vice-président du Conseil et Ministre du trésor dans le premier gouvernement Goria. Président du Conseil en 1992.

12 - CIAMPI CARLO AZEGLIO. Ancien président de la Banque d'Italie. Président du conseil des ministres en 1993.

13 - TANGENTOPOLI. Littéralement: "La cité des pots-de-vin".

C'est le nom qui a été donné au scandale des pots-de-vins payés à des hommes politiques par des chefs d'entreprise à titre personnel et pour financer leur parti. A peu près tous les partis politiques y sont impliqués. Milan est le centre de cette enquête de grosse envergure, mais petit à petit d'autres enquêtes s'ouvrent dans toute l'Italie.

14 - DE BENEDETTI. Homme d'affaire, président de l'"Olivetti".

15 - SCALFARI EUGENIO. Directeur et actionnaire du journal "La Repubblica", qu'il a lui-même fondé.

16 - IOR - Institut pour les Oeuvres de religion du Vatican, qui a eu un rôle importante dans de nombreux scandales financiers italiens et internationaux, dont celui du "Banco Ambrosiano". Le cardinal américain Paul Marcinkus, directeur du IOR, était appelé ironiquement le "banquier de Dieu".

17 - MSI. MOUVEMENT SOCIAL ITALIEN. Parti fondé en 1946 par quelques ex-fascistes, actifs surtout durant la République Sociale Italienne, qui s'opposa aux forces alliées et au gouvernement légitime en collaborant avec les allemands (1943-45). En 1972 il absorba le Parti d'Union Monarchiste (PDIUM) et changea son nom en MSI-Droite Nationale. secrétaires: Giorgio Almirante (1946-50 et ensuite à partir de 1969), A. De Marsanich (1950-1954), A. Michelini (1954-1969), Pino Rauti et, actuellement, Gianfranco Fini. En 1993, le MSI a changé son nom en "Alliance Nationale".

18 - PCI. Parti communiste italien. A présent, PDS - Parti démocratique de la gauche.

19 - RAI. Radio-télévision italienne.

20 - FERNET. Liqueur avec laquelle les italiens ont l'habitude de 'corriger' leur café.

21 - SCALFARO OSCAR LUIGI. (Novara 1918). Démocrate-chrétien, italien. Avocat, plusieurs fois député, ministre des transports, ministre des biens culturels et de l'intérieur. Homme d'une grande intégrité, il jouit de l'estime générale, même auprès des laïques.

Il a été élu Président de la République en 1992.

22 - CAPONETTO. Célèbre juge sicilien.

23 - SANTORO MICHELE. Fameux journaliste de la troisième chaîne (proche du parti démocratique de la gauche) qui présente une émission d'actualité politique et sociale appelée "Le Rouge et le Noir".

 
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