de Emma Bonino, Ottavio Lavaggi, Marco Pannella et Olivier DupuisSOMMAIRE: Après un compte-rendu sur les dernières activités politiques du parti, les responsables du Pr sollicitent les inscrits à adopter, dans leur pays, des initiatives dans le cadre de la campagne pour l'abolition de la peine de mort, pour la dépénalisation des drogues, pour la diffusion de la langue internationale et sur le Sida. Constatant enfin les graves difficultés économiques du Pr, ils demandent un engagement extraordinaire pour repérer les ressources nécessaires au financement des activités.
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Rome, le 30 Janvier 1994
Chère amie, cher ami,
Une nouvelle année difficile pour la liberté et la démocratie se profile en Europe et dans le monde. Il n'est guère besoin d'explications. Chacun de nous voit de ses yeux les tragédies en cours et est en mesure de capter les signes inquiétants annonciateurs de nouveaux périls. En tant que radicaux, nous sommes bien décidés à les affronter. Mais nous ne pourrons le faire qu'à la condition de rester unis et de lutter comme nous l'avons fait au cours de ces dernières années, lorsque, autour d'objectifs certes circonscrits mais concrets, nous avons été capables de construire notre parti, si différent et si nécessaire.
En 1994 aussi, nous devons rester unis, croître tous ensemble, nous renforcer. Nous savons tous que ce ne sera pas facile. Si certains d'entre nous peuvent déjà se regrouper pour travailler de façon coordonnée et déjà suffisamment forte, d'autres sont encore isolés, apparemment éloignés et sans possibilité d'agir. C'est à ces derniers que nous nous adressons tout particulièrement. En améliorant la communication nous pourrons déjà faire fructifier des solitudes qui, apparentes seulement, sont en fait autant de précieux jalons posés dans des zones difficiles et, pour cette raison, de la plus grande importance pour que tous, nous puissions comprendre et agir. C'est donc de la part de ces amis en particulier que nous attendons le signal le plus fort, le plus mûr, le plus précieux en ce début de campagne d'inscription.
En 1993 nous avons obtenu quelques succès importants. Le Secrétaire Général des N.U., Monsieur Boutros Boutros Ghali - qui nous avait déjà envoyé un message d'encouragement lors de notre Assemblée de Sofia en juillet dernier - a reçu à New York, en novembre dernier, des mains de notre Secrétaire Général, Emma Bonino et d'une délégation composée entre autres de Mona Makram Ebeid, vice-président de "Parlamentarians for Global Action", Vincent McGee, ancien président d'"Amnesty International" aux Usa et Yuri Orlov, président de la "Fédération Helsinki pour les Droits de l'Homme", plus de 60.000 signatures récoltées dans le monde entier. Parmi celles-ci plus de mille signatures de parlementaires, de Prix Nobel, de personnalités prestigieuses. Au cours de cette rencontre, le Secrétaire Général a souligné l'importance de la pression des forces organisées transnationalement pour encourager les pays les plus récalcitrants à assumer de plus grandes responsabilités et offrir un soutien plus direct et franc à la Commun
auté Internationale.
Chaque jour nous voyons - en ex-Yougoslavie comme en Somalie - combien l'oeuvre des forces qui devraient pourtant garantir la paix dans les situations les plus délicates, est fragile, souvent inadéquate, parfois même contre-productive. Si cela se passe ainsi c'est en raison non seulement des incapacités de l'Onu - auxquelles il faudra d'ailleurs bien trouver un remède -, mais aussi en raison du manque de solidarité, de l'égoïsme, du désintérêt des individus vis-à-vis des biens communs, des valeurs communes. Néanmoins, grâce aussi à notre contribution humble autant que tenace, l'Onu est parvenue à mettre sur pieds un Tribunal spécialement habilité pour juger les crimes commis en ex-Yougoslavie. Ce Tribunal a, aujourd'hui, et aura probablement, demain, une vie difficile. Ce n'est un secret pour personne que nombreux sont ceux qui voudraient lui refuser les moyens de poursuivre son action. Il est donc plus que jamais nécessaire que nous continuions à organiser le soutien demandé par Mr. Boutros Ghali.
S'il s'avérait que le Tribunal pour l'ex-Yougoslavie fonctionne, nous aurions ouvert une brèche importante pour la constitution du Tribunal permanent, une institution qui pourrait poursuivre et punir les crimes contre l'humanité, quelque soit l'endroit où ils ont été perpétrés.
En Italie, le gouvernement a faite sienne notre motion et s'est engagé à verser plus de deux millions de dollars. En Belgique, sur initiative au Sénat de Monsieur Benker, écologiste et à la Chambre de Monsieur de Clippele, libéral, des parlementaires appartenant à tous les partis ont déposé une motion identique. En Espagne, deux motions de même type, déposées par le Sénateur Francesca Sauquillo et par la Députée Pilar Rahola, seront discutées dans le courant du mois de février. Au Luxembourg, sur initiative de quatre députés, la question du financement du Tribunal sera affrontée au début du mois prochain. Quant au Parlement européen, il a adopté, sur initiative des députés membres de l'Assemblée des parlementaires du Parti radical, une motion déplorant la conduite de l'Union européenne, son absence de soutien dans la question du financement du Tribunal. D'autres initiatives (interpellations parlementaires, lettres...), ont été prises par des parlementaires britanniques, irlandais, français, portugais, finlan
dais.
POURQUOI N'ORGANISEZ-VOUS PAS VOUS-MEMES UN DEBAT, UNE CONFERENCE, ... EN DEMANDANT AU SIEGE DU PR LE PLUS PROCHE LE MATERIEL D'INFORMATION?
ET ENCORE...
Durant cette même période, notre campagne pour l'abolition de la peine de mort avant l'An 2000 a franchi une autre étape importante, avec la convocation, en décembre dernier à Bruxelles, du Congrès de fondation de l'association internationale "Ne touchez pas à Caïn". Plus de 100 députés et personnalités africaines, européennes et américaines y ont participé et ont défini le programme des prochains mois: institution d'un moratoire ONU des exécutions; institution d'une procédure d'intervention du conseil de sécurité ONU dans les situations de "coup d'Etat" ou de guerre civile; soutien à la décision d'exclure la peine de mort des sentences du Tribunal international permanent; mise en service du contentieux prévu par le Pacte international sur les droits civils et politiques vis-à-vis des Etats contractants qui continuent cependant d'appliquer la peine de mort.
A L'OCCASION DES PROCHAINES FETES DE PAQUES, LE 3 AVRIL, UNE MARCHE AURA LIEU DANS LES RUES DE ROME JUSQU'AU VATICAN OU UN APPEL POUR LE MORATOIRE INTERNATIONAL SUR LES EXECUTIONS SERA PRESENTE AU PAPE JEAN-PAUL II.
IL SERAIT OPPORTUN QUE LES RADICAUX PUISSENT, A CETTE OCCASION OU A UN AUTRE MOMENT PLUS PROPICE, ORGANISER SIMULTANEMENT, DANS TOUTES LES VILLES OU ILS SONT PRESENTS, DES MANIFESTATIONS, PETITES OU GRANDES.
ET L'ANTIPROHIBITIONNISME GAGNE DU TERRAIN...
Outre notre participation, le 16 Novembre dernier, à l'Assemblée de Baltimore, organisée par la "Drug Policy Foundation", nous avons porté à terme, en collaboration avec la Ligue Internationale Antiprohibitionniste, l'analyse juridique des Conventions des Nations Unies sur les stupéfiants. Nous travaillons à la mise au point d'un document qui sera envoyé à des experts internationaux mais surtout à plus de sept cents parlementaires, membres des commissions "Santé", "Justice" et/ou "Drogue" d'une quinzaine de parlements d'Europe. A la fin du mois de février, un groupe d'entre eux se réunira à Rome pour définir les aspects politiques, techniques et opérationnels de la campagne de dénonciation et/ou de modification des Conventions. Au cours des semaines suivantes, nous devrions lancer formellement et officiellement notre Campagne Internationale à l'occasion d'une grande rencontre publique, au plus haut niveau.
ET ENSUITE...
En Novembre dernier, le Parti radical a organisé une manifestation à Paris, à l'occasion de la 27ème Conférence Générale de l'UNESCO, obtenant l'appui du Directeur Général Mayor pour un programme concret sur l'espéranto. A la mi-Janvier 1994, une délégation du Parti radical a rencontré Monsieur Ruberti, Commissaire européen, et lui a demandé que l'exécutif européen agisse en faveur d'une ouverture concrète des nouveaux programmes linguistiques de l'Union Européenne à la Langue Internationale. Toujours à cette occasion, les radicaux ont fait remarquer qu'en vertu du principe de subsidiarité, la question de la Langue Internationale devrait faire partie des compétences des institutions communautaires. Il y a quelques jours enfin, le premier numéro de "Translimen", l'Agence hebdomadaire d'information pour le droit à la Langue Internationale (que vous pouvez obtenir au siège du Parti radical de Rome) est sorti de presse.
ENCORE ...
La campagne sur la question du SIDA se poursuit à deux niveaux. Le fléau que cette pandémie représente pour la communauté internationale exige coopération et coordination transnationale. Pourtant les pays donateurs font preuve d'une prédilection croissante pour travailler indépendamment les uns des autres ou sur base bilatérale, comme dans leurs relations avec les pays du Tiers-Monde, minant ainsi la crédibilité des organisations internationales. Il faut donc trouver de toute urgence de nouveaux instruments juridiques transnationaux capables de garantir la mise en oeuvre de règles communes et arriver à la reconnaissance d'un organisme supranational doté de pouvoirs contraignants. Il faut, en d'autres termes, créer une institution supranationale qui puisse imposer aux Etats des réponses concertées aux pandémies en général, à l'épidémie du virus HIV en particulier. Dans cette optique, le Parti radical étudie deux hypothèses: une Convention à adopter au sein de l'Onu et l'attribution à l'Onu d'un mandat plus va
ste et contraignant en matière de pandémies.
ENFIN (POUR LE MOMENT)...
A New York, grâce à une page d'information publiée dans le New York Times, des milliers de citoyens américains ont pu, pour la première fois, se mettre en contact directement avec le Parti radical et plusieurs d'entre-eux ont pu ainsi ... s'inscrire; en Afrique, le premier congrès de la Ligue Africaine pour l'abolition de la peine de mort a été organisé à Ouagadougou en novembre dernier; en ex-Yougoslavie, le Pr a diffusé un Appel aux oppositions serbes; dans de nombreux pays comme la Russie, les Pays Baltes, la Bulgarie, etc..., des assemblées et des rencontres ont été organisées.
QUE FAIRE MAINTENANT?
BEAUCOUP DEPEND, COMME VOUS POUVEZ AISEMENT LE COMPRENDRE, DU SUCCES DE LA CAMPAGNE D'INSCRIPTIONS 1994. LA PLUS GRANDE DIFFICULTE PROVIENT DU FAIT QUE NOS POSSIBILITES D'ENTRER EN CONTACT AVEC CHACUN DE VOUS (DES MILLIERS DE PERSONNES, EPARPILLEES DANS LE MONDE, QUI PARLENT DES DIZAINES DE LANGUES DIFFERENTES...) SONT POUR LE MOMENT TRES REDUITES. EN PLUS DE CETTE LETTRE ET DES REPONSES INDIVIDUELLES A CHACUNE DES CENTAINES DE LETTRES QUI NOUS ARRIVENT CHAQUE SEMAINE, NOUS NE POURRONS FAIRE BEAUCOUP PLUS DANS L'IMMEDIAT.
En Italie, pays d'où proviennent toujours nos rentrées financières les plus importantes, la campagne d'inscription pour 1994 a été ouverte par la diffusion de 16 numéros "extraordinaires" d'un quotidien expédié à tous les inscrits des années précédentes. Cette initiative était indispensable, selon nous, pour riposter à l'énorme quantité de mensonges, de faussetés et de basses attaques dont nous avons fait systématiquement l'objet. Et ce, dans le silence du système d'information politique italien, qui nous a littéralement gommés aux yeux de tous les citoyens et en particulier de ces 37.000 personnes qui, au moyen de leur inscription en 1993, avaient donné tant de force à un projet commun, fondé sur la croissance des valeurs démocratiques. Les premiers résultats de cette initiative commencent à arriver, même si trop lentement encore: près de 2500 citoyens italiens ont d'ores et déjà renouvelé leur inscription pour 1994.
Dans les autres pays, la campagne d'inscription 1994 s'est ouverte avec le dépliant de fin d'année que vous avez certainement déjà reçu. Mais nous sommes très en retard. D'où la nécessité de cette lettre, pour que tous ensemble, membres du Conseil Général, membres de l'Assemblée des Parlementaires et tous les inscrits, nous essayions de comprendre quelles initiatives nous devons prendre pour que cette année soit une année de croissance en qualité et en quantité des radicaux dans chaque pays et dans le monde.
LES CHIFFRES DU BILAN DE 1993 NOUS APPRENNENT QUE LE PARTI RADICAL NE DISPOSE ACTUELLEMENT QUE DE 1.300.000 DOLLARS US, SOMME ABSOLUMENT (!!!) DERISOIRE POUR FAIRE FACE AUX ENORMES TACHES QUE NOUS NOUS SOMMES ENGAGES A ENTREPRENDRE.
1994 sera une année encore plus difficile que les précédentes. Nous ne devons nous faire aucune illusion à ce propos. Nous devons reprendre la bataille de février dernier en la livrant, cette fois, en premier lieu en Afrique Occidentale, en Europe Centrale et Orientale, en dehors de l'Italie. Nous devons accumuler dans ces pays, en renouvelant et en multipliant les inscriptions, une force qui nous permette de reproduire "en sens contraire" le miracle italien de l'année dernière.
Il faut pour cela que tous et chacun nous nous engagions avec humilité et détermination. Il faut, avant tout, que vous qui nous lisez, au travers de votre inscription et de celles de ceux que vous réussirez à convaincre, vous vous chargiez, dans la mesure du possible, de fournir les ressources nécessaires aux campagnes communes.
Nous devons le faire, chacun dans nos pays respectifs, avec l'amour, la force, l'enthousiasme dont nous avons été si souvent capables.
Vous êtes appelés, nous sommes appelés à une entreprise difficile. A chacun de nous de faire ce qu'il doit faire, afin qu'advienne ce qui pourra advenir.
Fraternellement vôtres,
Emma Bonino
(Secrétaire Général)
Ottavio Lavaggi
(Trésorier)
Marco Pannella
(Président)
Olivier Dupuis
(Président du Conseil Général)