par SERGIO D'ELIASOMMAIRE: Rapport d'introduction du congrès mondial de la campagne "Ne touchez pas à Caïn", qui s'est tenu le 9 et 10 décembre 1993, pour l'abolition de la peine de mort. L'auteur souligne que le but d'une campagne internationale est de réussir à organiser des manifestations susceptibles de communiquer un message au plus grand nombre possible de personnes dans le monde. S'inspirant d'une cassette vidéo envoyée au Pape par le président Clinton, dans laquelle on reconnait son engagement pour le développement de la démocratie et la défense des droits de l'homme, l'initiative imaginée est d'adresser au Pape un appel pour qu'il demande aux chefs des Etats où la peine de mort est en vigueur d'imposer un moratoire des exécutions prévues. Si le statut du Tribunal sur les crimes de guerre en ex-Yougoslavie exclut en tout cas la peine de mort, c'est un contre-sens de l'appliquer pour des crimes infiniment moins graves. L'appel devra parvenir au Pape accompagné de milliers de signatures, de Prix Nobel, de personnalités
du monde politique, religieux, de la culture, d'organisations internationales, de citoyens et de militants des droits de l'homme. Le 3 avril il y aura à Rome une grande marche de Pâques qui arrivera à Saint-Pierre au moment de la retransmission en mondovision.
("NE TOUCHEZ PAS A CAIN", 1 février 1994)
Le bilan du premier congrès mondial de la campagne "Ne Touchez pas à Cain", qui s'est tenu le 9 et 10 décembre, est assurément positif. Pour sa réussite, nous remercions le Groupe vert au Parlement européen - et notamment son président Adelaide Aglietta (1) - ainsi que le Parti radical transnational.
Cent cinquante parlementaires, des juristes, des représentants d'institutions et d'organisations internationales, venant de 36 pays du monde entier, se sont réunis pour la première fois autour d'un projet abolitionniste qui a des objectifs de droit international et à l'intérieur des Etats, qui doivent être atteints progressivement avant la fin de ce millénaire.
La première tâche d'une campagne internationale est de réussir à organiser des manifestations susceptibles de communiquer un message au plus grand nombre possible de personnes dans le monde. Une heureuse circonstance nous offre la possibilité de concrétiser tout de suite une partie des engagements pris au Congrès, et de répondre à la plupart des sollicitations et des propositions avancées au cours des interventions.
A Noël, le président Clinton a envoyé au Pape une cassette-vidéo avec un message dans lequel il reconnait le rôle que ce dernier a exercé dans le monde pour le développement de la démocratie et en défense des droits de l'homme.
Partant de cette reconnaissance, du prestige dont il jouit au niveau international et pas uniquement dans le monde catholique, nous voulons adresser au Pape un appel pour qu'il demande - à Clinton et aux chefs d'Etat des pays où la peine de mort est en vigueur - un moratoire des exécutions prévues. Le moratoire est l'instrument le plus indiqué pour permettre l'affirmation dans des délais politiques de ce droit supranational déjà sanctionné dans le statut du Tribunal sur les crimes de guerre en ex-Yougoslavie, dans lequel il est écrit que "la peine de mort est en tout cas exclue."
Le moratoire est également l'instrument indiqué pour permettre aux Etats où la peine de mort est appliquée et qui ont approuvé ce statut, de sortir - sans procéder à d'autres exécutions "légales" - de la contradiction de maintenir des codes qui contemplent la peine de mort pour des crimes infiniment moins graves que ceux qui ont été commis en ex-Yougoslavie.
C'est du Tribunal ad hoc que pourra sans doute naître le Tribunal permanent pour les crimes contre l'humanité: le Parti radical transnational est en train de mener à ce propos une campagne parlementaire dans le monde entier. L'appel de Pâques contiendra également cette proposition: nous ne désespérons pas qu'elle puisse être accueillie.
L'appel devra parvenir au Pape avec le soutien de milliers de signatures, de Prix Nobel, de personnalités du monde politique, religieux et de la culture, d'organisations internationales, de citoyens et de militants des droits de l'homme.
Chacun d'entre nous pourra s'unir à l'appel et participer à Rome, le 3 avril, à une grande marche qui arrivera à Saint-Pierre au moment de la retransmission en mondovision.
Notre espoir - et même l'objectif pour lequel nous sommes en train de travailler - est que les délégations des pays participant à la marche soient reçues par le Pape.
Les institutions représentatives, fondatrices de la campagne "Ne touchez pas a Caïn" et qui sont engagées - selon ce que propose la motion de Bruxelles - dans l'adoption d'un pays qui maintient ou entend réintroduire la peine de mort, peuvent approuver des motions pour participer à la marche de Pâques avec leur étendard, pour faire exposer dans leur ville l'affiche de la marche, pour organiser des autobus et, surtout, pour offrir leur hospitalité à la délégation du pays adopté.
Chacun d'entre nous est engagé dans ce programme. Et il est fort important, notamment, de se mobiliser pour créer une occasion dans laquelle nous pourrons nous adresser aux Etats-Unis avec une forte pression sur l'opinion publique, avant les élections du mois de juin. Au moment où la décision de limiter la vente d'armes ouvre pour la première fois l'Amérique à une manière différente d'affronter l'urgence criminelle que celle de la peine de mort, la demande de moratoire, soutenue par le Pape, peut trouver une forte écoute. Un succès dans cette direction pourrait avoir également une grande retombée sur d'autres pays qui appliquent la peine de mort.
Dans les Etats de l'ex-URSS, le moratoire peut même être considéré comme un acte escompté, si l'on considère que dans ces pays sont en discussion les nouveaux textes constitutionnels et que l'on doit encore décider si le fait que l'Etat ne peut disposer de la vie du citoyen devra être ou ne devra pas être un droit fondamental de la personne.
Dans beaucoup de pays, où la pression pour la réintroduction de la peine capitale est forte, un argument utilisé par ses défenseurs est que le Nouveau Catéchisme de l'Eglise catholique serait lui aussi d'accord. Cela s'est déjà passé aux Philippines, où la peine de mort vient d'être réintroduite. Cela pourrait se passer au Brésil d'ici peu. Une intervention explicite du Pape limiterait ces éventualités, dépassant une interprétation du texte catholique qui a déjà été exclue par les commentateurs les plus autorisés.
L'appel du Pape, publié en français, anglais, italien et russe et envoyé à cinquante mille personnes dans le monde entier est joint à ce journal. Signez-le, photocopiez-le, faites-le signer par d'autres et envoyez-le à Rome le plus vite possible.
Souvenez-vous aussi que la campagne "Ne touchez pas a Caïn" se finance par ses propres fonds et que la possibilité de réussir se fonde surtout sur la contribution militante et en argent que chacun d'entre nous mettra à disposition. Avec ce journal, les inscriptions pour 1994 sont ouvertes: nous espérons être nombreux.
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N.d.T
1 - ADELAIDE AGLIETTA. (Turin 1940). Président du groupe Vert au Parlement européen. Député à plusieurs reprises au Parlement italien. Secrétaire du Parti radical en 1977 et en 1978, l'année où elle fut tirée au sort pour faire partie du jury populaire au procès de Turin contre les Brigades Rouges et contre Renato Curcio. Promotrice du CISA (Centre Italien pour la Stérilisation et l'Avortement) de Turin.