Sans considérer le Maroc, pour les raisons rappelées précédemment, le Liban est le seul pays de la région à avoir un rôle important dans le narco-trafic. Dans ce petit pays, la drogue est travaillée à cycle complet: de la culture de la cannabis et de l'opium, au raffinage du haschich, de l'héroïne et de la cocaïne, à l'exportation de ces substances vers l'Europe principalement, mais aussi vers les Etats-Unis.
Comme en Afghanistan, au Liban aussi le trafic de stupéfiants a servi à financer pratiquement toutes les factions en lutte dans une guerre civile qui a duré vingt ans: et cela bien que la principale zone de culture, la vallée de la Bekaa, soit contrôlée depuis longtemps par les syriens - qui du reste contrôlent désormais le pays tout entier grâce à un accord de coopération avec le gouvernement libanais (52). Essayer de se faire une idée de l'entrelacement d'intérêts entre drogue et factions au Liban ne sert qu'à se procurer des migraines. Même lorsqu'il s'agit d'un journal connu pour sa clarté d'exposition, comme l'Economist, qui concluait précisément de la façon suivante un de ses articles sur l'argument d'il y a quelques années: "Tout cela ressemble au modèle de chaos financé par la drogue, quelquefois sponsorisé par des agences américaines, qui fut inauguré dans le Sud-Est Asiatique dans les années cinquante, se développa en Amérique Centrale dans les années soixante-dix, et qui à présent menace la C
olombie" (53).
Quoi qu'il en soit, la situation est ainsi décrite dans le dernier rapport annuel des Nations Unies: "Le trafic de résine de cannabis [c'est à dire haschich] et d'opiacés du Liban vers l'Europe et vers l'Amérique du Nord, de même que vers d'autres pays de la région, reste significatif. On a découvert du trafic de cocaïne en transit, avec comme principale origine le Brésil. Au cours de l'année 199O, plus de 250 kg d'héroïne ont été confisqués en Europe à plus de 100 citoyens libanais. Dans les trois premiers mois de l'année 1991, près de 150 tonnes de résine de cannabis ont été confisquées au Liban, signe d'une vaste production dans le pays. La cannabis est cultivée sur plus de 16.000 hectares, surtout dans la vallée de la Bekaa. La culture du pavot intéresse près de 1.500 hectares. Des laboratoires d'héroïne opèrent dans le pays, faisant usage soit d'opium produit à l'intérieur du pays, soit au Moyen et Proche-Orient. En mars 1991, de la cocaïne et des agents chimiques utilisés pour la transformation d
e la pâte de coca en cocaïne ont été confisqués, signe de la présence de laboratoires de cocaïne" (54).
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(52) D'après le PNUD les syriens, répondant à une requête explicite de l'administration américaine formulée à l'époque de la guerre du Golfe, auraient détruit les cultures de pavot et de cannabis dans la vallée de la Bekaa. Cf. Ian Hamilton Fazey, "Syria destroys Lebanese drug crop", Financial Times, 8 juillet 1992.
(53) "Under the influence", The Economist, 30 septembre 1989. On peut trouver une autre tentative louable de rendre compte du rôle du narco-trafic dans la situation libanaise dans Labrousse, ouv. cit., pages 122-54.
(54) INCB 1991 Report, p. 28.