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Conferenza droga
Giannini Leonello - 10 gennaio 1994
Pour la réduction des risques
"LE MONDE" - POINT DE VUE - par le docteur Bertrand Lebeau

( Le docteur Bertrand Lebeau est médecin généraliste, membre de Médecins du monde et du collectif Limiter la casse.)

LES partisans de la réduction des risques, partout dans le monde, insistent sur le fait qu'elle est une urgence de santé publique et qu'en conséquence, il faut tenter de la développer quel que soit le cadre légal. Cela étant, il est tout aussi évident que le cadre légal ou les dispositions réglementaires font obstacle à cette politique.

La pénalisation de l'usage qui caractérise la loi française du 31 décembre 1970, unique en Europe, constitue à n'en pas douter un écueil. Et particulièrement, la pénalisation du port de la seringue comme »présomption d'usage rend difficile, voire impossible dans certaines circonstances, le non partage de seringues. Elle entre par ailleurs en contradiction avec le décret de mise en vente libre des seringues du 13 mai 1987.

D'une manière plus générale, la pénalisation de l'usage soulève des obstacles liés à la visibilité des usagers et au développement de groupes d'auto supports, acteurs essentiels de la prévention en particulier dans le milieu des injecteurs de drogues. Elle renvoie à la réalité des pratiques policières et au dogme francais selon lequel une telle pénalisation permet, seule, de »remonter les filières . De nombreuses données attestent non seulement du caractbre peu performant du travail policier sur de telles bases mais encore de son caractère de plus en plus contreproductif: la répression aveugle des usagers revendeurs de la rue favorise les dérives mafieuses.

En outre, la pénalisation de l'usage de cannabis (66 % des interpellations, soit plus de 32 000 interpellations en 1992) devient, en tout état de cause, une absurdité en pleine épidémie de sida. Elle renvoie directement à l'absence de toute distinction entre les différentes drogues et leurs dangers sanitaires et sociaux dans la loi du 31 décembre 1 970.

La réduction des risques est une approche pragmatique qui ne peut se construire lorque le seul concept dont on dispose est celui de la drogue. La diabolisation du cannabis ruine, auprès de la jeunesse, les campagnes de prévention et les sempiternels discours contre la drogue ne permettent pas à l'opinion publique de progresser dans sa connaissance de la question. Dans l'idéologie française en matière de drogues, le refus de toute distinction constitue un verrou essentiel. Si l'on reconnaft s'être trompé sur le cannabis, le discours tout entier ne perd t il pas sa crédibilité ?

De plus, de nombreux responsables, par démagogie ou aveuglement, restent sensibles aux thèses selon lesquelles le cannabis et ses dérivés ont des effets irrémédiables sur le cerveau. Bref, le refus de la distinction drogues douces drogues dures n'est pas périphérique mais central au débat francais.

Enfin, à l'exception des prescripteurs des trois programmes méthadone parisiens, tous les médecins qui prescrivent actuellement dans notre pays des produits de substitution, le font aux marges de la loi et avec des produits inadaptés tant dans leur galénique que dans leur dosage. Certains ont ensuite beau jeu de dire que les toxicomanes pilent puis s'injectent les produits prescrits sous forme de comprimés, alors que cette situation est une conséquence directe du statut hors la loi de la substitution en France. Un cadre légal disposant d'une instance de contrôle afin de limiter les polyprescriptions et des produits adaptés pour la substitution: seules ces deux conditions favoriseront l'implication des médecins en particulier généralistes dans la prise en charge des usagers de drogues.

 
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