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Conferenza droga
Giannini Leonello - 10 gennaio 1994
Pas seulement la prison par Francis Curtet
POINT DE VUE (Le Monde 9-10 janvier 1994)

LÉGALISER les drogues risque de provoquer une explosion catastrophique de leur consommation, sans pour autant réduire le trafic. Car, pour anéantir les fabuleux profits des trafiquants, il faudrait légaliser tous les produits sans exception et les rendre accessibles aux mineurs, sinon les marchés clandestins s'organiseront sur les secteurs interdits. Or aucun partisan de la légalisation n'ose proposer des mesures aussi absolues.

Légaliser les drogues en raison du droit de l'individu à disposer de son corps et éventuellement à s'autodétruire, bute sur un argument au moins aussi respectable: une société se doit d'encourager l'altruisme et la solidarité qui amènent chaque citoyen à venir en aide à ceux qui ne voient pas d'autre issue que I'autodestruction. Une société autorisant des poisons mortels qui ne résolvent rien entérinerait l'indifférence comme règle de vie.

Par contre incarcérer un sujet qui croit réglér ses problèmes en s'autodétruisant est une aberration. Il faudrait donc envisager trois modifications de la loi.

1. Stipuler que l'usage de quelque drogue que ce soit n'est en aucun cas passible d'emprisonnement et trouver les dispositions thérapeutiques, sociales ou administratives, adaptées à chaque cas.

2. Briser l'économie souterraine des petits revendeurs de drogue par des sanctions réellement dissuasives (par exemple cinq ans de prison incompressibles) .

3. Repérer, par une expertise immédiate en milieu carcéral, les sujets dont les délits sonl consécutifs à une toxicomanie, et leur offrir la possibilité, au moment opportun (et non à mipeine s'ils sont condamnés), de quitter la prison pour bénéficier, en milieu libre, des mesures thérapeutiques, sociales ou administratives qui paraîtront les plus indiquées.

De telles dispositions, évitant à la fois la répression aveugle et le laxisme, permettront d'innover par des actions de prévention dans un contexte cohérent et compréhensible. Elles supposent que l'Etat décide de rattraper le retard considérable de la France en matière de réseau spécialisé. Rappelons qu'il n'y a que 610 places de postcure dans notre pays (pour 9 000 en Italie), et un seul centre d'hébergement d'urgence. Tant que, faute de place, il sera imposé à un toxicomane qui veut se sortir d'affaire un délai de quatre mois pour l'accueillir notre pays ne pourra pas se prévaloir de lutter efficacement contre la drogue ni d'en réduire les risques.

( Le docteur Francis Curtet est psychiatre des hôpitaux, directeur de l'association Grande Ecoute.)

 
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