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Conferenza droga
Partito Radicale Olivier - 30 gennaio 1994
JE DEFENDS LA LIBERALISATION TOTALE DE TOUTES LES DROGUES

Interview a Eurico de Figueiredo

C'est avec cette interview au député socialiste Eurico Figueiredo, publiée en février dernier (24-02-93) par le quotidien de Lisbonne, Publico, que le débat sur la légalisation des drogues a été relancé au Portugal. 54 ans, psychiatre, professeur de Médecine à l'Université de Porto, il est également membre de la Commission de la Santé de l'Assemblée Nationale Portugaise et porte-parole du Parti socialiste pour les questions de Santé. Il s'est en outre récemment inscrit à la Ligue Internationale Antiprohibitionniste et travaille avec les radicaux portugais Luis Mendao et Luis Andrade à la constitution d'une Association Antiprohibitionniste. Nous reproduisons ci-dessous les extraits de son interview où il aborde la question des drogues et leur nécessaire légalisation.

Question: Avez-vous déjà pris contact avec le Ministre de la Santé quant au projet de loi sur la responsabilité médicale?

Réponse: Je ne crois pas que Mr. le Ministre soit joignable. Il y a quatre mois, nous avons demandé des documents qui devaient servir de fondement au nouveau projet de Service National de Santé (SNS) et il n'a même pas eu la politesse de répondre (...).

Les coûts du prohibitionnisme sont catastrophiques

Q: La nouvelle loi sur la Drogue vient d'entrer en vigeur. Quelle est votre opinion sur la libéralisation de la consommation de drogues?

R: On ne peut pas discuter abstraitement du problème de la drogue. Je pense que la nouvelle loi a quelques avantages, puisqu'elle tend à la dépénalisation de la consomation et à la pénalisation du trafic. Mais cela est complexe. Je défends l'idée d'un débat national qui place les gens devant la question scientifique, celle de la délinquance ou celle des coûts de la drogue. La vérification de mesures progressives au niveau de la dépénalisation ne peut pas se faire au niveau du seul Portugal, mais doit se faire au niveau de toute la Communanuté Européenne. Supposons que tous les pays, à l'exception du Portugal, interdisent la consommation d'alcool. Du coup, tous les alcooliques arriveraient chez nous.

Q: Est-ce que vous proposez la libéralisation totale de toutes les drogues?

R: Oui.

Q: Quels sont vos arguments?

R: Un principe de liberté et de privacité. Il s'agit au fond d'une philosophie de vie. Je suis un petit fumeur - je fume un ou deux cigares par semaine - et je n'aimerais pas subir à ce sujet des interférences dans ma vie privée. Or, être un petit fumeur et un petit buveur c'est semblable à être un petit fumeur de marijuana ou un petit consommateur d'héroïne. Du point de vue scientifique c'est la même chose.

Q: Des petits consommateurs d'héroïne, ça n'existe pas!

R: Ils n'existent pas parce que l'héroïne est clandestine.

Q: L'héroïne crée la dépendance!

R: Et l'alcool? et le café?

Q: D'une manière bien différente.

R: A tout point de vue semblable ...

Q: Est-il pour vous indifférent que votre enfant prenne un café ou consomme de l'héroïne?

R: Pour ma conscience oui. Les effets légaux dans ce pays sont différents. Les contextes légaux dans lesquels mon fils pourrait éventuellement consommer de l'héroïne ou prendre 20 cafés par jour sont différents. Mais les 20 cafés sont incomparablement plus dangereux.

Q: Avez vous conscience de ce que vous défendez?

R: Ne doutez pas. Prendre 20 cafés par jour est bien plus dangereux que de consommer une petite dose d'héroïne parce qu'ils augmentent l'anxieté et le risque d'infarctus. Il existe une différence entre prendre un verre de Porto et boire un litre de vin rouge ou boire un demi litre d'alcool pur. Le problème de la libéralisation de la drogue doit se poser au niveau d'une philosophie de vie: de respect pour la vie privée de chacun et ce, dès le moment où il ne dérange pas autrui.

Q: Un héroïnomane peut déranger d'autres personnes.

R: Exactement comme un soulard ou un fumeur. A la dernière réunion du groupe parlementaire socialiste, j'ai du changer trois fois de place parce que j'étais dérangé par les fumeurs. En fait les fumeurs me dérangent plus que ceux qui font usage chez eux d'un autre type de drogues, comme, par exemple, l'héroïne.

Q: Mais l'héroïne est pire.

R: Qui dit cela ?

Q: Une personne qui boit vingt cafés par jour peut arrêter de le faire d'un jour à l'autre?

R: J'ai des clients qui ont arrêté de consommer de l'héroïne d'un jour à l'autre.

Q: ...

R: Croyez-moi, je parle en connaissance de cause. La notion de drogues légales ou illégales est un problème de civilisation. Elle ne se fonde sur aucune donnée scientifique consistante. Ce qui n'implique pas que toutes les drogues dont nous parlons maintenant, le café, le thé, l'alcool, les tranquillisants qui provoquent une accoutumance, ou les drogues illégales - haschish, marijuana, morphine, cocaïne, héroïne - n'aient pas leur spécificité et leur dangerosité et que toutes génèrent une accoutumance physique, psychique ou les deux à la fois. Il n'est pas possible de parler d'un côté de drogues dures et de l'autre de drogues légères. Il devrait exister une certaine manière pour les gens d'utiliser chacune des substances toxiques. Toutes génèrent des profits exhorbitants quand elles sont illégales. Par exemple, le profit qui dérive de l'utilisation des drogues illégales s'élevait en 1989, à plus ou moins 500 milliards de dollars.

Q: Une chose est le profit, une autre la consommation qui est faite de chacune des drogues.

R: Du point de vue scientifique et technique, il n'y a aucune raison de séparer les drogues légales des drogues illégales. C'est un problème de culture. Mais si l'on parle de diminution des coûts il y a une tendance vers la libéralisation. Je vais vous montrer un article du journal conservateur "The Economist" qui est très clair à cet égard: "avec le commerce légal, la vente peut être imposable, contrôlée, soumise au fisc et le danger de son utilisation peut être dénoncé sur chaque produit. De cette manière, les drogues tueraient moins de consommateurs, soudoieraient moins de fonctionnaires et corromperaient moins de politiciens".

Q: Etes-vous conscient des polémiques que cette opinion pourrait provoquer dans votre parti. Parlez-vous comme porte-parole du Parti socialiste?

R: Je parle avant tout comme citoyen et comme psychiatre. Et je le fais après avoir pensé à ce problème pendant plus de vingt ans. Il est évident que ce débat n'a pas encore eu lieu au sein du Ps ni dans la société portugaise qui est pleine de préjugés à cet égard. Quand je fume et quand je bois je ne me sens pas aristocratiquement différent d'un fumeur de marijuana ou d'un consommateur de cocaïne. Ca c'est la différence qui existe entre les préjugés et l'information.

Q: Avez-vous déjà parlé avec Antonio Guterres (secrétaire du Ps, ndlt) de ce que vous défendez?

R: Non, je parle très peu de ces choses avec lui.

Q: Quelle sera, pensez-vous, la réaction du secrétaire du Ps vis à vis de cette position?

R: Je n'ai aucune idée. Parmi les gens que je fréquente, je pense que ce que je défends est assez connu et qu'il s'agit d'une opinion qui est assez généralisée dans le milieu scientifique.

Q: Allez-vous défendre cette position au sein du parti socialiste?

R: Le moment venu, oui.

Q: Sur quels appuis comptez-vous?

R: Je n'en ai jamais discuté. On est pratiquement vierge en ce domaine. Mais je voudrais clarifier que je ne cherche pas à faire du prosélitisme. Cela ce n'est pas mon combat.

Q: Pour vous, est-ce la même chose de prendre un café ou de l'héroïne?

R: Je vous l'ai déjà dit, c'est une question de quantité, de quantité d'héroïne et de quantité de thé. Je reconnais que l'héroïne crée plus facilement une accoutumance que le thé. Si un de mes patients, héroïnomane, veut et me demande de faire une cure de désintoxication, je vous garantis qu'en déans la semaine il sera libre du besoin d'héroïne.

Q: Provisoirement?

R: Si vous avez arrêté de boire du café, vous pouvez toujours recommencer.

Q: Il vous est donc indifférent que votre fils boive du café ou se pique à l'héroïne?

R: Il existe en effet un degré de danger beaucoup plus important à se piquer à l'héroïne mais cela est dû plus aux conditions de prohibition qu'à son utilisation. La tendance naturelle relative à ce type de substances est celle de se procurer le produit le moins cher. Vous voulez un exemple? Les consommateurs d'héroïne du sud de l'Italie qui allaient au Nord pour se piquer à l'héroïne mourraient. Ce qui veut dire que dans le Sud de l'Italie la consommation d'héroïne était faite sur base de doses plus réduites parce qu'elle était plus chère. Le problème du trafic permet une abscence totale de contrôle et ne permet pas de voir ce que les personnes sont effectivement en train de consommer. La prohibition détériore les produits, augmente les prix et crée la délinquance. Si je bois un verre de vin, je connais sa marque et sa gradation en alcool. Et je sais aussi que je ne peux pas conduire si je bois trop.

Q: Si la consommation de drogues était libéralisée, l'Etat devrait-il supporter une partie des coûts résultant de cette libéralisation?

R: Je ne propose aucun système. Je sais seulement que les coûts économiques et sociaux de la prohibition de la drogue sont exhorbitants et catastrophiques. Je pense que les coûts de la libéralisation seraient incomparablement moindres. Je n'ai pas de solution pratique. J'ai seulement un principe philosophique de base, une expérience professionnelle, des informations professionnelles sur les dangers, sur l'accoutumance, sur la délinquance, sur les bénéfices du trafic. De fait, le crime paie en ce domaine. Au delà de cela, le prix que nous payons tous les jours en allant dans nos villes polluées pour manger de la nourriture pleine de pesticides, pour recevoir des radiations est énorme. Le prix que nous payons pour vivre dans cette civilisation est immense. Le prix des petits plaisirs d'une drogue contrôlée, réglementée, vendue publiquement, accompagnée d'une éducation à la santé serait incomparablement moindre.

Q: Une des préoccupations actuelles de la Communauté Européenne est celle du niveau d'alcoolisme et de tabagisme existant. Dans les pays nordiques, la tendance est celle d'augmenter les obstacles à la consommation d'alcool. Qu'est-ce que vous pensez de la loi portugaise sur l'alcool et le tabac?

R: Dans ces deux cas notre loi est extrêmement libérale. Surtout en ce qui concerne la consommation des jeunes. Je suis favorable à des mesures plus restrictives pour les mineurs. La consommation excessive d'alcool est plus grave à cause de la création de dépendance pyschique et physique à long terme et parce qu'elle produit des effets maléfiques au niveau de l'organisme.

Q: Le niveau d'alcoolisme au Portugal reste très élevé et cela, bien qu'une libéralisation totale existe.

R: Dans un pays qui produit du vin, il est normal que la consommation soit plus élevée. Un pays qui produit de la cocaïne aura une tendance à consommer plus de ce type de substance. Il existe naturellement un lien entre la consommation et la production nationale.

Q: Par curiosité seulement, quelle est votre religion ?

R: Je suis agnostique. Je pense que le problème de Dieu est beaucoup plus compliqué que celui de l'univers.

 
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