Interview a Paolo Mendo
Dans cette interview apparue sur le quotidien de Lisbonne, Publico, le 10 avril 1993, Paolo Mendo, dirigeant du Parti Social-Démocrate et directeur de l'Hopital de San Antonio appuie les thèses développées par le député socialiste Eurico Figueiredo dans une interview publiée quelques semaines auparavant dans le même journal (voir le texte numéro 2346 dans la Conference Parti Radical). Entretemps (décembre 1993), Paolo Mendo est devenu ministre de la Santé du Gouvernement de Cavalco Silva.
Propos recueillis par Barbara Simoes et Luis Miguel Viana
Il y a quelques semaines le médecin et député socialiste Eurico de Figuereido a entamé une polémique dans l'opinion publique en défendant la libéralisation des drogues. Certaines discussions qui ont suivi ont été viciées par les contingences du jeu politique. Maintenant du côté du Parti social-démocrate c'est le médecin Paolo Mendo qui soutient les thèses du dirigeant socialiste et qui insiste pour que la question soit largement débattue. Paolo Mendo est le directeur général de l'Hopital Général de San Antonio a Porto. Il est neurologue, il s'est spécialisé en neuro-radiologie et son parcours professionnel a toujours été lié au milieu hospitalier. Il a été secrétaire d'Etat à la Santé dans le premier gouvernement constitutionnel sur invitation de Mario Soares et il a répété cette expérience plus tard, toujours comme indépendant, dans le gouvernement d'Alliance Démocratique de Pinto Balsemao (1981). Il y a deux ans, il est entré dans le Parti Social Démocrate et il fait partie aujourd'hui de la Commission pol
itique de Porto de ce parti. Le mois passé, il a profité de l'espace dont il dispose dans le "Jornal de Notizias" pour appuyer publiquement Eurico Figueiredo. Le dirigeant est d'accord pour trois raisons. Pour garantir une meilleure qualité des substances stupéfiantes, pour diminuer les prix et pour faciliter la connaissance des traitements chez les toxicomanes. Tout cela au nom d'une culture capable de maîtriser la drogue. Dans cette interview il explique ses raisons.
Q: Votre curiculum professionel n'est pas directement lié au problème de la drogue et de la dépénalisation. Pourquoi avez-vous décidé de vous prononcer sur cette question ?
R: Ma position dans la vie sociale est naturellement celle d'une personne intéressée au problème. Je pense qu'il n'y a personne qui, intéressé aux problèmes sociaux, ne sente un frisson dans le dos quand il considère le problème de la drogue dans la société moderne. Il touche presque dix pourcent de la population des jeunes et peut-être plus encore. Je suis médecin et directeur d'hopital. Nous recevons ici les victimes de surdoses, ceux qui se tuent, les toxicomanes du service d'urgence. Nous connaissons très bien le monde de la petite marginalité, les jeunes qui arrivent et qui nous disent: "j'ai acheté de l'héroïne, la police est arrivée, j'ai englouti l'héroïne et maintenant j'ai l'héroïne dans l'estomac". Et quand on arrive, après un lavage d'estomac, à lui faire sortir ce petit sachet de poudre blanche, il nous dit: "maintenant donnez-moi le sachet et je m'en vais"; il y a là un "naturel" qui est impressionnant.
Q: Lorsque vous vous êtes manifesté en faveur de la légalisation des drogues, vous avez dit qu'Eurico de Figueiredo était tombé dans le mauvais parti. Est-ce que vous avez l'impression d'avoir plus de chance dans le vôtre ?
R: Oui. Au moins je n'ai pas eu de réactions de vierges effrayées. Comme celle que le docteur (Figueiredo) a eut de la part de son secrétaire général. Mais je ne sais vraiment pas quel était le bon parti. Je peux même éventuellement entrer dans une critique générale des partis politiques et dire que tous se trompent dans leur manière de concevoir l'étude de la drogue. Je n'ai pas défendu la libéralisation de la drogue. Qui suis-je pour défendre la libéralisation de la drogue? Ce que je dis c'est que face à l'existence de véritables unités politiques, sans territoire mais aussi importantes que de nombreuses nations, comme le sont les mafias internationales, qui mobilisent des ressources qui n'ont rien à envier aux ressources de grands pays et qui ont leurs armées, leurs aéroports, leurs avions, qui dominent le monde, si, face à cela, nous maintenons la drogue dans ce domaine sacré des trafics secrets, nous continuerons à soutenir tout ce schéma. Ma question est donc: si pour mettre un terme à tout cela, je me
ttais en vente la drogue dans n'importe quelle pharmacie comme le sont les cigarettes et le vin...
Q: Mais les cigarettes et le vin ne produisent pas le même comportement?
R: Nous n'en sommes pas encore arrivés là. Si je faisais cela je pourrais au moins éviter la clandestinité et la petite criminalité (qui parfois en arrive jusqu'au vol à main armée) parce que je ferais en sorte que la drogue soit accessible. Ces drogues sont très faciles à obtenir. Leur production est très, très bon marché. N'importe quel laboratoire pharmaceutique est capable de les produire et de les vendre pour un prix mille fois inférieur, en gagnant encore de l'argent. Un jeune qui en aurait besoin, pourrait disposer de drogues à bon marché, controlées du point de vue du dosage et de la pureté et en dehors de la clandestinité. Nous pourrions savoir qui fait usage de drogues et nous pourrions donc le soigner. Il n'est pas possible de soigner ceux que l'on ne connait pas. Le contact du toxicomane avec les institutions sanitaires, avec les psychologues, avec les médecins, avec sa propre famille seraient beaucoup plus faciles. Aujourd'hui les toxicomanes se cachent.
Q: Très souvent nous savons reconnaître les alcooliques parce que nous les voyons tomber, complètement saouls.
R: les familles savent parfaitement que ce comportement n'a rien à voir avec l'autre. Dans l'alcoolisme, la clandestinité est beaucoup plus réduite. Il est évident que tout cela doit être étudié. Si j'ai apporté mon soutien au professeur Eurico, c'est d'abord parce qu'il faut conduire un débat sans tabous, sans parti pris et en considérant toutes les hypothèses. Il a eu une attitude courageuse. Il a alerté la société d'une réalité et, grâce à cela, le tabou a été quelque peu cassé. Je suis convaincu qu'il y a beaucoup de gens qui pensent de cette manière mais ne s'expriment pas. Le débat doit dépasser largement les partis.
Q: Pensez-vous qu'il soit du devoir du Ministère de la santé d'alimenter ce débat?
R: Oui, pourquoi pas. Simplement, je n'aime pas les choses dirigées par l'Etat. C'est la société civile, les groupes de malades, les associations locales qui, en principe, doivent lancer une grande discussion. C'est comme cela, en disant "vive la libéralisation des drogues" que l'on crée des grands courants d'opinion. Il s'agit de vérifier si en l'absence de libéralisation des drogues, nous nous trouvons dans une situation pire. Nous sommes en train de créer chaque jour un nombre toujours plus grand d'armées mafieuses qui trouvent dans la clandestinité leur bouillon de culture. En ce moment, un jeune meurt chaque jour à Lisbonne. Dans la plupart des cas pour des raisons de surdose mais aussi pour des raisons de chocs anaphilactiques (une espèce de choc allergique) et cela parce qu'ils utilisent une drogue qui est extrêmement impure, qui est brûlée et puis diluée avant d'être injectée dans les veines. On en arrive maintenant au Crack et à des drogues produites à partir d'une demi distillation de l'héroïne, qu
i provoquent beaucoup plus rapidement une accoutumance, qui causent des douleurs terribles, qui tuent.
Q: Comment le marché libre pourrait-il fonctionner avec ce type de drogues?
R: Quand je dis que la drogue doit être libre sur le marché, je parle évidemment de drogue pure, d'une drogue élaborée. Quand on a ce type de drogue, on en n'utilise pas une autre. Si l'on peut faire une comparaison avec les vins, ce serait la même différence qui existe entre les vins industriels et les vins millésimés. Il y a des situations qui naissent d'une petite blague comme dans le cas du roypnol et ce sont là les situations les moins importantes. Normalement l'entrée dans le monde de la drogue sérieuse arrive précisément à cause de la clandestinité dans laquelle la consommation de haschisch est maintenue. C'est précisément cela que le dealer veut. Commencer avec ça et, à un certain moment, dire: "je n'ai pas cela aujourd'hui mais j'ai ceci". On passe ainsi à l'héroïne et à la cocaïne qui atteignent des prix fabuleux. Et ce sont ces dernières qui tueront, ce ne sont absolument pas les petites drogues consommées durant les fêtes. Personne ne m'a encore démontré que les drogues pures, légalisées, vendues
dans les pharmacies, offrent moins de garantie de succès dans le combat contre la drogue. Il y a l'expérience américaine de la "loi sèche" qui n'a pas eu de succès: les traitements de l'alcoolisme ne passent pas par l'illégalité. C'est une drogue que l'on peut contrôler et le malade même peut se contrôler.
Q: Mais l'alcool ne génère pas le même comportement ni le même type de dégradation ...
R: L'alcool n'est pas aussi anti-sociale que ce type de drogues. Ces drogues sont très souvent liées à la notion de voyage; l'individu qui en fait usage veut s'évader, voyager. Ce sont des drogues asociales.
Q: lesquelles?
R: LSD, les héroïnes, les haschisch, toutes ces drogues.
Q: Vous les mettez toutes dans le même panier.
R: Oui parce qu'elles se comportent du point de vue psychologique, la plupart du temps, de la même manière.
Q: Vous comparez donc le haschich au LSD?
R: Il s'agit d'un voyage personnel. Il n'a rien à voir avec la personne qui se trouve à côté, tandis que l'alcoolisme passe normalement par une phase d'euphorie sociale, de grand contact et est rarement agressif.
Q: L'haschish dans une fête n'est-il pas un moment social de consommation de drogue?
R: Il est social dans son attitude initiale mais ensuite chacun fait son voyage. Je connais. J'ai vécu deux ans au Maroc où l'haschish est presque traditionnel. Quand quelqu'un est bien rempli de haschish il est là, très loin. La phase sociale est de dire "eh, on va fummer de l'haschish" mais le grand défaut de cette drogue est qu'elle isole le consommateur alors que le vin est utilisé comme un instrument social.
Q: Et l'utilisation de la cocaïne par les yuppies avant des réunions importantes est-elle sociale?
R: Mais elle est utilisée afin d'augmenter l'agressivité, afin d'affirmer sa propre personnalité et d'augmenter son efficacité. C'est comme un doping. Ce sont des drogues très dangereuses parce qu'elles isolent l'individu. D'un autre côté les façons dont on introduit la drogue dans l'organisme sont des grands véhicules de l'hépatite B, de l'hépatite C, du Sida. L'enfer de la drogue se joint à l'enfer du Sida. Tout cela crée un univers de pure terreur.
Q: La sortie de la situation actuelle de clandestinité pourrait résoudre cette affaire. Vous avez vécu au Maroc. Quel est le résultat?
R: J'ai fait un service d'urgence dans l'hopital de Rabat et on ne voyait pratiquement pas de cas d'alcoolisme aigu. De temps en temps on voyait une personne victime d'une intoxication au haschish. La-bas l'haschish est une drogue qui est plus ou moins contrôlée par les habitudes des gens, comme le vin chez nous. Le problème avec une drogue clandestine est que on ne peut jamais avoir ce type de connaissance.
Q: Est-il possible d'arriver à une forme de contrôle de ce type avec l'héroïne?
R: Je ne sais pas. Je pense qu'il faut discuter de tout.
Q: Qu'est-ce que vous êtes prêt à faire pour que cette discussion soit vraiment lancée?
R: Ce que je fais comme citoyen. Personne ne sait rien sur cela. Ce que je sais c'est que tous les jours j'ai des jeunes morts, là aux urgences. J'ai ici un jeune qui vient pour une consultation ou pour être interné et, deux jours après, je le rencontre alors qu'il vole des radios dans nos voitures garées au parking d'à côté ou qui vole des seringues, tout ça dans le but de se faire l'argent de la journée. Ce qui m'alerte, c'est le fait que le jeune type mort de 20 ans que je vois ici pourrait être vivant s'il avait acheté sa drogue dans une pharmacie au lieu de l'avoir fait au coin d'une rue.
Q: Selon vous, quelle est la différence entre un consommateur de drogues et un toxicomane?
R: Le consommateur est celui qui fait l'expérience des drogues parce que son groupe d'amis le pousse à essayer. Il y a un gros pourcentage de consommateurs qui font usage de drogues deux ou trois fois et qui ensuite les délaissent. Si on parle ensuite de toxicomanes il faut dire qu'il y a un nombre déterminé de personnes qui tombent dans le vice et dans une situation de dépendance physiologique pour des raisons d'ordre endogène. Ce nombre de personnes est plus réduit que celui des consommateurs. Par exemple dans les années 20, entre les deux guerres, la cocaïne, l'ether ou l'opium étaient plus ou moins chics. Et les gens n'avaient pas besoin de faire un traitement pour abandonner la drogue. Surtout dans le monde de la culture, il y a beaucoup d'expériences avec les drogues de la part de gens qui, plus tard, la quitte très rapidement. Il y a des drogues pour lesquelles la différence entre les toxicomanes et les consommateurs en vient à être toujours plus réduite. Par exemple le Crack. Ce qui ne veut pas dire
qu'il n'y ait pas beaucoup plus de consommateurs que ce que les gens voient et que parmi ceux-ci beaucoup ne soient morts de surdoses. Considérons par exemple l'expérience de cette jeunesse des années soixante qui a fait durant un ou deux ans la vie de hyppie. Pour eux, il était très normal d'avoir des expériences avec la drogue et pourtant ils sont parfaitement normaux. Ce que je veux dire c'est que parmi mille personnes qui ont essayé la drogue, il y cent toxicomanes. Sinon on serait complètement perdu. Si un dixième de notre jeunesse était toxicomane et ne pouvait se libérer de la drogue qu'à la suite de traitements médicaux en étant en plus porteurs de séquelles, le monde serait perdu. Je pars toujours du principe que parmi les dix pourcents de ceux qui utilisent les drogues il n'y a que dix pourcents de totalement toxicomanes. Les autres vont abandonner la drogue parce qu'ils se marient, parce qu'ils rencontrent une jeune fille qui a des sentiments maternels et qui va les "sauver" (chose qui très normal
e, beaucoup plus que ce que les gens pourraient penser), parce qu'il a terminé ses études et a commencé à travailler et pour toute une série de raisons qui l'ont motivé à abandonner la drogue. Ce dernier est le consommateur. Il y en a d'autres qui n'abandonnent pas mais la majorité de la jeunesse qui fait usage de drogues a de fortes possibilités de l'abandonner.
Q: Quelle est votre opinion sur les traitements médicaux obligatoires prévus par la nouvelle législation?
R: D'un côté je la comprends et je pense que la société a le droit d'obliger à soigner; en temps que médecin et défenseur acharné de la liberté de choix de chacun et de l'impossibilité de transformer la société en une medicocratie je n'aime pas du tout cette loi mais je pense que nous sommes dans une situation de guerre. C'est comme si on faisait une déclaration de guerre à la tuberculose ou à une autre maladie infectieuse, parfois beaucoup plus grave. Il faut la faire, il faut soigner.
Q: Mais en temps que médecin, croyez-vous au succès d'un traitement obligatoire?
R: Très peu. La majorité des patients drogués ont une personnalité ambivalente. Ils veulent se libérer de la drogue mais, de l'autre côté, ils n'ont pas la force de volonté suffisante pour accepter la violence du traitement. Donc, s'il n'y a pas une adhésion, le traitement sera très probablement inefficace. Cependant il est clair que nous sommes dans une situation telle qu'il est nécessaire que la société ne soit pas neutre. Mais il s'agit là d'une loi de guerre.
Q: Avec la libéralisation des drogues. Comment pourra-t'on y accéder? Avec une ordonnance médicale?
R: Je n'ai pas de plan qui arrive jusque là. Ce que je pense c'est que la drogue doit être obligatoirement considérée comme un produit pharmaceutique et doit être vendue dans une pharmacie.
Q: Même dans une situation de guerre comme vous dites?
R: Même dans une situation de guerre, certainement. Ce que je veux arriver à faire à l'ennemi, qui au fond est la personne que je veux récupérer, c'est lui enlever la nécessité d'être clandestin. Ce que je dis, en relation avec la libéralisation de la drogue, c'est que la drogue devient une drogue pure. Pourquoi doit-on passer sa vie à parler de qualité et laisser la moitié du monde mourir à cause d'une saloperie de poison inconcevable quand il ne nous coûterait rien de produire cette substance dans n'importe quel laboratoire. Il est préférable de dire: "tu veux te droguer, tiens on a ici une drogue contrôlée, de qualité, pas chère. Arrête de voler ta famille, arrête de tuer, la voilà." L'abolition de la clandestinité va me permettre de savoir avec qui je travaille et créer les conditions nécessaires pour éviter que la personne ne se drogue.
Q: Et si l'ennemi est mineur? La libéralisation s'étend-elle à lui-aussi?
R: Non. Mais le problème du mineur est lié au problème général. Nous devons considérer que la société tient un comportement obligatoirement différent vis à vis des mineurs. De la même façon que l'on ne les laisse pas entrer dans une boîte à partir d'une certaine heure et qu'on ne les laisse pas faire n'importe quoi, le mineur ne doit pas fumer.
Q: Pourtant ils fument.
R: Mais cela ce n'est pas dire, viens fumer ici. Je parle d'une jeunesse à partir de 16 ou 17 ans.
Q: Mais à 16 ans il est mineur...
R: Vous pouvez même dire à 18 ans. Je ne sais pas. Nous considérons que jusque 18 ans cela est encore du domaine des possibilités de contrôle de la famille. Je ne dis pas maintenant qu'on va vendre cela aux enfants. Mais là il y a d'autres problèmes. Ce que représente la famille dans nos sociétés modernes, l'éducation durant la première et la seconde enfance, la notion un peu laxiste que l'on a actuellement de la discipline familiale. Le problème n'est pas résolu avec la légalisation de la drogue. Je demande seulement que l'on me réponde aux trois points que je considère comme en faveur de la légalisation. L'abolition de la clandestinité, la chute du prix de la drogue et sa pureté. Et à ceux qui me disent que cela n'est pas possible pour une raison quelconque je les invite à voir n'importe quel garçon mourir de surdose parce qu'il s'est mis une saloperie quelconque dans les bras, parce qu'il n'avait pas une ampoule de morphine ou quelque chose de similaire.
Q: Etes-vous en faveur d'un référendum sur la question?
R: Absolument pas. D'abord parce que je suis contre les référendums. Les sociétés modernes n'ont jamais été des sociétés qui pouvaient être interrogées à travers des référendums. Je peux admettre beaucoup plus le référendum au niveau régional. "Va-t'on faire ce pont ou non" parce qu'il s'agit de questions auxquelles on peut répondre avec un "oui" ou un "non". Mais sur des questions-problèmes comme la drogue! Il est nécessaire de discuter beaucoup et il y a très difficilement un "oui" ou un "non", il s'agit presque toujours d'un peut-être, d'une angoisse. Il est nécessaire de commencer à discuter de plus en plus de cette question et de la traiter avec l'intention de créer une culture capable de maîtriser la drogue, sous peine de ne rien conclure. Si la drogue continue à être une chose qui implique que la situation se stabilise à des niveaux de violence très élevés, la société n'apprendra jamais à dominer culturellement la drogue. Je pense que la société est actuellement parfaitement incapable de gérer culture
llement cette question. Les familles ne savent pas comment elles doivent traiter ou soigner leurs fils qui entrent dans le monde de la drogue, ceux qui sont drogués ne savent pas comment en sortir. Il s'agit d'une situation que nous percevons comment étant de guerre ouverte mais on n'a aucune forme d'orientation qui puisse permettre à la société de savoir que d'ici dix ou vingt ans le problème sera résolu.
Q: Ne pensez-vous pas que c'est un peu ambitieux de demander aux familles de commencer ce parcours? Un pouvoir de décision au niveau supérieur n'est-il pas nécessaire?
R: Si cela existait ... mais ce n'est pas le cas. Il est nécessaire que l'Europe discute culturellement de ce problème qui est entré dans notre maison. J'ai l'impression que cela est discuté partout. Le problème c'est qu'il y a encore des choses tabous. Les discussions doivent être faites à tous les niveaux, sans partis pris. C'est pour cela que j'ai applaudi quand le professeur Eurico Figueiredo a voulu dire cela et rien d'autre que cela.
Q: Il y a dix ans vous faisiez partie du gouvernement. Pourquoi n'avez-vous pas soulevé la question à ce moment-là? Pourquoi avez-vous attendu?
R: Je n'ai pas attendu. Il y a dix ans le problème de la drogue n'était pas traité par le Ministère de la Santé. Maintenant il l'est.
Q: Mais en tant que citoyen intéressé?
R: Je ne sais pas. Si je n'ai pas parlé durant tout ce temps, j'ai accepté comme tout le monde qu'il était nécessaire d'en finir avec la drogue avec des méthodes dures. C'est seulement plus tard que l'idée s'est formée en moi que la tactique de l'acceptation inéluctable de la clandestinité de la drogue devait être revue. Je ne suis pas capable de donner des alibis au fait qu'en 1982 je n'ai pas parlé.