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Conferenza droga
Partito Radicale Centro Radicale - 7 luglio 1994
L'EXAMEN DE LA LEGISLATION SUR LES STUPEFIANTS
LES PREMIERES AUDITIONS PUBLIQUES DE LA COMMISSION HENRION DEPASSIONNENT LE DEBAT SUR LES DROGUES

par Laurence Folléa

SOMMAIRE: Présidée par le professeur Roger Henrion, la commission de réflexion sur les problèmes de drogue et de toxicomanie a organisé, vendredi 1er et samedi 2 juillet, une série d'auditions publiques. Dans un climat dépassionné, des représentants des mondes judiciaire, politique, policier et médical ont fait valoir leurs points de vue.

(Le Monde, 5-7-94)

Dès lors qu'ils sont abordés avec nuance et sérieux, les problèmes de drogue et de toxicomanie ne semblent guère attirer les foules. Dans la salle Médicis du Sénat aux trois quart vide, les deux premières journées d'auditions publiques de la commission Henrion se sont déroulées dans une ambiance studieuse et policée. Désignés en mars dernier par Mme Simone Veil, ministre des affaires sociales, de la santé et de la ville, les dix-sept membres de la commission présidée par le professeur Roger Henrion (hôpital Cochin, Parid) sont chargés d'examiner la pertinence de la législation sur les stupéfiants, qui date de 1970, au vu de l'évolution des faits et des pratiques (le Monde du 18 mars et daté 26-27 juin). La tâche est difficile, le terrain ayant été, sur certains points, balisé par avance. Avant mème que les travaux de cette commission commencent, M. Pasqua, ministre de l'intérieur et de l'aménagement du territoire, et Mme Veil ne s'étaient-ils pas prononcés contre toute dépénalisation de l'usage de

drogues illicites ?

Noyés sous une masse d'informations acquises lors des auditions à huis clos, les membres de la commission naviguent aujourd'hui publiquement dans les vents contraires. Chaque expert auditionné fait valoir sa conception des faits, selon qu'il appartient au champ judiciaire, policier, politique ou médical. Les exposés couvrent l'intégralité du phénomène. Ils portent sur le trafic, le blanchiment d'argent, les produits consommés, les toxicomanes eux-mêmes, la répression, les dispositifs juridiques, les prises en charge, les thérapeutiques, la contamination par le virus du sida, la prévention.

Malgré le caractère dépassionné et technique , des débats, il arrive que le climat s'alourdisse. Vendredi, un échange plutôt vif a ainsi opposé Arnaud Marty-Lavauzelle, président de l'association Aides, et Michel Bouchet, directeur de la brigade des stupéfiants, membre de la conumssion, à propos de l'attitude des policiers parisiens face aux distributions de seringues organisées par Médecins du Monde.

Un peu plus tard, le professeur Henrion n'a pas hésité à interpeller le professeur Jean-François Girard, directeur général de la santé : Est-ce que nos conclusions ne vont pas partir dans un tiroir?" a-t-il demandé. Est-ce que le monde politique est mûr pour apporter un soutien financier ? A quoi M. Girard a répondu, faisant allusion aux précédents rapports sur la question (Pelletier, en 1978, et Trautmann, en 1990), qu' incontestablement ils ont parlé trop tôt : Une priorités'impose au politique en fonction de la priorité qu'en fait la société, a estimé le directeur général de la santé. Certes, les infections par le virus du sida sont plus élevées chez nous que dans d'autres pays, a encore précisé M. Girard. Mais je mets en garde contre les conclusions trop hâtives qu'on peut en tirer

L'après-midi, le docteur Jacques Fortin, pédiatre et conseiller de santé publique au rectorat de Lille, a souligné le formidable décalage entre les messages de prévention et la réalité. Il faut prendre le problème autrement, dit-il. Arrêter de faire peur et travailler sur la représentation du danger chez les adultes et chez les jeunes. Pourquoi ne se pose-t-on jamais la question des non consommateurs ? La transgression de l'interdit, la logique de la sanction, l'incohérence du discours adulte viennent nourrir la réflexion.

Chacun plaide pour sa chapelle, y va de sa proposition. Les paradoxes sont légion. Samedi matin, Jean-Pierre Bompeix, receveur général des douanes de Paris, affirme : Nos services répressifs ne voudraient pas donner à votre commission l'image du tout répressif. Il mentionne à cet égard la prise en charge des toxicomanes par une association de douaniers. Etienne Apaire, magistrat, tente ensuite de convaincre l'auditoire que les mesures alternatives à l"incarcération existent pour les usagers de drogues, que la guerre n'est pas perdue . Sans le problème des hépatites et du sida, assure-t-il, on aurait relativisé le nombre de toxicomanes, qui ne sont jamais que cent cinquante mille pour soixante millions d'habitants.

Suit un tableau apocalyptique des méfaits du cannabis dressé par le professeur Georges Lagier, président de la commission des stupéfiants et psychotropes. Le cannabis est un produit extrèmement complexe, associant à peu près toutes les propriétés de l'alcool, des tranquillisants et des hallucinogènes , explique-t-il. Selon lui, les symptômes de la maladie mentale [... ] correspondent aux effets de la substance, qui influe sur la mémorisation immédiate et les accidents de la circulation , mais est aussi responsable de cancers, de leucémies chez l'enfant , d' impulsions suicidaires voire de meurtres . Interrogé à la fin de son exposé sur une éventuelle différence de vulnérabilité entre les individus, le professeur Lagier finit par conclure à une analogie avec l'alcool . Une impression de flou scientifique domine.

Lors de chaque communication, les membres de la commission tentent de pousser l'invité dans ses demiers retranchements. Ce jeu de questions-réponses révèle parfois la face cachée des discours. Ainsi, Bemard Prévost et Alain Blanc, représentants de la direction de l'administration pénitentiaire - grâce à qui l'on apprend qu'au 1er avril 1994 18 détenus infectés par le virus du sida et 169 malades du sida dormaient dans les prisons françaises -, sont questionnés sur la réinsertion et le suivi des prisonniers, sur la formation des personnels en matière de toxicomanie et, enfin, sur le sevrage à l'entrée en milieu carcéral. Visiblement embarrassés, ils répondent manque de moyens .

Le professeur Albert-Claude Benhamou, chargé de mission à la délégation génèrale à la lutte contre la drogue et la toxicomanie, propose la mise en place d'un impôt de santépublique sur les médias , qui obligerait la télévision et les journaux à dégager gracieusement des espaces pour la prévention. Le dernier intervenant de la joumée, le professeur Michel Kazatchkine (hôpital Broussais, Paris), confronté quotidiennement au sida et à la toxicomanie, s'insurge calmement: Nous avons derrière nous vingt ans de débats, de politique répressive, d'évaluations, d'expériences pilotes, cela suffit. Favorable aux produits de substitution, il assène que la société est dans l'illégalité si elle favorise la contamination par le virus du sida . Son témoignage est un modèle pour notre rapport , dira Mme Dominique Schnapper, sociologue et membre de la commission, ajoutant qu'il s'agit d'être essentiellement modeste et pragmatique .

Laurence FOLLE

 
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