Une conférence interuniversitaire sur la prise en charge des héroïnomanes a confirmé l'intérêt des produits de substitution.par Laurence Folléa
(Le Monde, 28-6-94)
Les tenants de l'abstinence à tout prix ont cette fois, semble-t-il, définitivement perdu la partie. Le pragmatisme a eu finalement raison du conflit idéologique qui, depuis des années, opposait, parmi les spécialistes de la prise en charge des héroïnomanes, partisans et adversaires des produits de substitution. Comme vient de le montrer la première conférence interuniversitaire sur les traitements de substitution à la toxicomanie aux opiacés, organisée les 23, 24 et 25 juin à la faculté de pharmacie de Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine), le débat s'est à présent déplacé de la querelle de fond à une discussion plus technique sur les différents médicaments susceptibles de se substituer à l'héroïne. Les pouvoirs publics eux-mêmes ont tranché.
Dimanche 26 juin, à l'occasion de la Journée mondiale contre la drogue, en visite dans un service de soins pour toxicomanes à l'hôpital Laennec, à Paris, Simone Veil, ministre des affaires sociales, de la santé et de la ville, a répondu à l'adresse d'un médecin qui s'inquiétait de la priorité donnée aux produits de substitution : Si nous ne faisons rien, on nous rendra responsables de la mort des toxicomanes ( .. ). La méthadone n'est pas une priorité, mais tous les morts se valent. Les toxicomanes ne sont pas des parias, et je ne trie pas les vies à sauver entre les bonnes et les mauvaises. La toxicomanie à l'héroïne peut-elle être considérée comme une maladie chronique? Le jury de la conférence, présidé par le professeur Boyan Christoforov (hôpital Cochin, Paris), a bien résumé la question : Quand on aborde le problème de la substitution médicamenteuse à l'héroïne, il est impossible de faire l'économie d'une réflexion philosophique sur le statut de la toxicomanie dans la société: ou bien la toxicom
anie est intolérable et ne peut être que combattue (..); ou bien la dépendance aux drogues est définie comme une maladie chronique, dont la guérison est chez certains malades lointaine, voire impossible. On peut alors poser le principe d'un traitement par maintenance. Tranchant impli#hte$0!$@