par Jean-François DUMESNIL.(La Libre Belgique, mardi 3 octobre 1995)
Des déclarations faites lundi par Mme Emma Bonino, Commissaire européenne, au quotidien français "Infomatin" à propos de la dépénalisation de la drogue ont rencontré un certain écho ne fût-ce que médiatique puisque l'agence France Presse a relayé une partie de ses propos le jour même.
Il est vrai que ce n'est pas tous les jours qu'une éminence de la Commission de Bruxelles affirme tout de go que "la prohibition est seule responsable de la cherté de ces produits, ce qui conduit d'ailleurs les toxicomanes à être les principaux responsables de la petite délinquance (...)" et se demande "pourquoi, plutôt que de favoriser un trafic lucratif, on ne trouve pas tout cela en pharmacie, avec, prescription médicale". Des propos aptes à faire bondir la plupart des pays membres de l'Union européenne, seuls responsables de la politique qu'ils entendent mener au niveau national.
Il sied toutefois de tempérer la portée de ces propos pour le moins abrupts. D'abord -et le porte-parole de la Commissaire italienne nous l'a confirmé- parce que ces propos n'engagent qu'elle et non la Commission. Mme Bonino est d'ailleurs Commissaire européenne à la Consommation, à l'Aide humanitaire et à la Pêche: la politique européenne en matière de drogue ne relève donc aucunement de ses compétences. Ensuite, parce que Mme Bonino fait partie du Parti radical qui s'est toujours prononcé en faveur de la dépénalisation des drogues et dont la figure emblématique n'est autre que Marco Pannella, récemment arrêté en Italie lors d'une manifestation pour avoir consommé des drogues douces en public...
PETIT A PETIT
Il n'empêche, l'idée d'une dépénalisation commence petit à petit à faire son chemin. Bien des acteurs de terrain ne sont pas opposés à cette idée, qui va à l'encontre de la prohibition. Le terrain de la drogue n'a jamais été aussi fertile et la seule politique de la guerre ouverte s'avère chaque jour un peu plus vaine.
Ainsi que le souligne Filippo Di Robilant, porte-parole de la Commissaire européenne, celle-ci ne considère pas que la dépénalisation soit la panacée mais "puisque la prohibition est un véritable échec, pourquoi ne pas essayer son contraire, de manière contrôlée ?" Pour mémoire, le sénateur PSC Pierre Lenfant a également déposé il y a peu une proposition de loi "morte-née" visant à ce que l'Etat contrôle la distribution de stupéfiants afin de couper ce marché parallèle et occulte tellement lucratif pour les trafiquants.
L'état de la question sera à coup sûr largement abordé en Belgique, à l'occasion du troisième congrès "Gestion des drogues en l'an 2000" qui se déroulera les 19 et 20 octobre prochains au Flanders Expo de Gand. De nombreux praticiens ainsi qu'une brochette d'éminences ministérielles participeront aux débats, également ouverts au public.