La Commission européenne propose de sévères restructurations pour tenter de reconstituer les stocks et sauver la filière.
LE FIGARO, page 7
BRUXELLES: Pierre BOCEV
Emma Bonino, commissaire chargée du dossier, le répète inlassablement, et dans toutes les langues de l'Union européenne: "Trop de pêche tue la pêche." Le secteur n'a pas d'avenir s'il n'y a pas de poisson et les stocks se portent de plus en plus mal.
Aussi le 4e "programme d'orientation pluriannuel" (POP-IV) présénte hier par la Commission table-t-il sur une nouvelle réduction drastique des flottes. "Quoi qu'ils en disent, releve Emma Bonino, les pêcheurs savent, et mieux que nous à Bruxelles, que plusieurs secteurs sont au bord de l'effondrement "
Quatre catégories ont été identifiées par les services de la Commission.
- Il y a "urgent biologique absolue" pour des espèces comme le saumon et la sardine. Sur les six ans de POP-IV, il faudra réduire de 40 %, voire 50 % les flottes dans l'espoir d'une reconstitution des stocks qui permettrait une reprise plus soutenue de l'activité au-delà de 2002.
- "Urgence" il y a aussi, quoiqu'a un moindre degré, pour les pêcheurs de variantes de poissons plats comme la sole ou la plie. Les réductions demandées après avis scientifique par la Commission s'echelonnent entre 20% et 30%.
- La situation est "équilibée" pour la plupart des sortes de thon où les baisses de capacité ne devront que compenser les effets du progrès technique dans la filière, soit 12% sur six ans.
- Une "augmentation modérée" des flottes apparaît même possible pour les pêcheurs d'espèces comme le thon tropical.
Le programme POP-IV - qui doit encore obtenir l'aval du Parlement et des quinze ministres - table pour une première tranche de trois ans (199799) sur une dotation de 3,1 milliard d'écus (20 milliards de francs) en aides et incitations.
Pêche côtière exemptée
Les reductions ne concernent pas la petite pêche côtière qui, selon la Commission, fournit le maximum d'emplois. Elles seront en outre modulées en fonction des mesures de désarmement déjà prises par le passé.
L'Europe importe 55% de ses besoins de pays tiers sous forme de poissons inexistants dans ses eaux. 11 serait ainsi contre-productif, estime Emma Bonino, que les opérateurs exigent des prix garantis trop élevés: ce serait une incitation supplémentaire à l'importation, au détriment de la filière européenne déjà fortement éprouvée.