Les Quinze s'en remettent à l'ONU
L'Union européenne demande un mandat pour mettre en place une "force neutre" destinée à acheminer l'aide humanitaire.
BRUXELLES: Pierre BOCEV
L'argent, les médicaments, la nourriture: tout est là, en abondance. L'Union européenne dispose de tout ce qu'il faut pour venir en aide à 1,2 million de réfugies qui en ont un urgentissime besoin. Mais personne ne sait comment le leur faire parvenir. Un consensus existe entre les Quinze, mais également au niveau des organisations non gouvernementales (ONG) qui seraient impliquées: l'acheminement de l'aide nécessite une protection, de même que les réfugiés.
Consensus aussi sur l'idée de "corridors humanitaires" pour cet acheminement. Et consensus enfin, quels que soient les termes employés, sur le besoin de recourir à une protection:
"force neutre" dans le vocabulaire du sommet de Nairobi,
"force internationale de sécurisation" selon l'expression de Xavier Emmanuelli, secrétaire d'état à l'Action humanitaire, hier devant ses collègues des Quinze.
Mais personne ne veut intervenir au pied levé. Sans un mandat du Conseil de sécurité des Nations unies, la mécanique ne se mettra pas en branle.
Commentaire d'Emma Bonino, la commissaire chargée de l'aide humanitaire de l'Union européenne: la réunion a été
"importante" dans la mesure où elle a clarifié "qui fait quoi, qui peut faire quoi et qui ne peut pas ".
TROKA
Dans une déclaration finale aux termes bien peu vigoureux, les quinze ministres du Développement multiplient les constats d'urgence et les appels à l'action. Mais, en l'absence d'une politique étrangère et de sécurité commune (PESC), ils notent avoir simplement été "briefés" par la Francè et l'Espagne de leur disposition à fournir des troupes.
Aucun autre pays ne s'est joint à Paris et Madrid pour offrirune participation à une telle force que la France décrit comme étant, "à vocation uniquement humanitaire" et strictement "temporaire". Le Danemark invoque son absence de passé colonial dans la région pour refuser, alors que la Belgique arrive au même constat pour des raisons opposées...
En tout état de cause, outre le mandat des Nations unies, il faudra dans l'analyse des Européens l'accord au moins tacite des pays africains limitrophes et une forme de participation de l'OUA, l'Organisation de l'unité africaine.
Sur le plan politique, les Quinze ont décidé de dépêcher sur les lieux, dès samedi, la "troïka" des présidences actuelle, passée et future, accompagnée d'Emma Bonino sans préciser l'objectif de cette mission.
L'action humanitaire envisagée par la Commission repose sur trois principes: il faut aider les populations là où elles se trouvent; il convient de favoriser le retour des refugiés qui y sont volontaires; il est nécessaire de trouver, pour ceux qui refusent le rapatriement, des solutions transitoires d'accueil avec l'espoir qu'à terme la situation politique se décante.
Mais tout progrès concret reste entre les mains du Conseil de sécurité des Nations unies. P. B.