Intervenir ou non, l'Europe hésitante
Les réfugiés rwandais qui fuient les combats sont en train de mourir de soif dans les montagnes de l'est du Zaire, selon des responsables del'ONU cités hier par l'agence Reuter. D'autres réfugiés, zairois cette fois, sont arrivés hier dans la ville de Kisangani, malades et épuisés, après une marche de 500 km pour fuir Bukavu et la zone des combats. 13 000 autres réfugiés zaïrois sont pour leur part arrivés en Ouganda... Bien que le sort de plus d'un-million de personnes soit ainsi en danger dans la région des Grands Lacs, les discussions progressent difficilement autour de l'idée d'une intervention militaire de sauvetage. Mercredi soir, sur LCI, le ministre des Affaires étrangères français, Hervé de Charette, avait déploré "la mollesse de la communauté internationale". "A toutes le sportes où je frappe en disant: "quelqu'un est-il prét a prendre ses responsabilités?, on me répond non, ou on me répond poliment: passez demain. Ou encore, peut-être qu'on va vous passer un avion..." La France et l'Espagne propos
ent de mettre sur pied une force multinationale de 5 000 hommes, pour une mission "limztée à deux mois".
Hier à Bruxelles, si l'Europe s'est dit préte à mettre toute sa logistique à la disposition d'une aide humanitaire, elle a une nouvelle fois choisi de temporiser sur le plan politique. Tout en avalisant le principe d'une "force neutre" et "placée sous le commandement de l'ONU", les ministres de la Coopération des Quinze ont refusé de se prononcer sur le mandat et sur la composition d'une telle troupe, sertains critiqùant à mots plus ou moins couvert, une intervention des pays trop marqués politiquqment. "Nous ne voulons pas que la force soit constituée par des Etats ayant des intérêts directs dans la région", a ainsi affirmé le Portugais José Lamego "Nous sommes pour une force de sécurisation internationale, temporaire, utiles l'acheminement de l'aide, mais à vocation strictement humanitaire", s'est défendu le ministre français Jacques Godfrain, avant d'ajouter que Paris ne réclamait "aucun poste de commandement a ne revendiquait rien, sauf le droit pour ces gens-la d'être sauvés".
"Nous, les humanitaires, nous sommes prets à partir demain matin il y a assez de nourriture, de médicaments, de charters, de personnel. Mais on ne peut pas. Il n'est pas juste de demander aux humanitaires d'être martyrs, de devenir otages, d'accepter les pillages. Il faut créer de nouvelles conditions de securité" a souligné Emma Bonino le commissaire européen à l'Action humanitaire, qui se rendra sur place samedi avec la troïka européenne, composée des représentants irlandais, italien, et néerlandais.
Incapàbles de lancer un signal clair à l'opinioninternationale, les Quinze n'ont pu de la même manière avaliser le programme d'action de la Commission, qui propose pourtant "une action limitée à l'urgence humanitaire, immédiate et provisoire, ne visant pas a reconstituer à ce stade des camps organisés pour les réfugiés, avec un controle de la distribution de l'aide". "Dans un mois, il n'y aura plus de problémes, il seront tous mort a averti Xavier Emmanuelli, secrétaire d'état français à l'Action humanitaire.
A Kinshasa, hier, plus d'un millier d'étudiants zaïrois ont occupé pendant deux heures le siège du Parlement de transition pour réclamer la démission du premier ministre Kengo Wa Dondo qu'ils accusent de "haute trahison*. Ils avaient auparavant défilé dans les rues de la capitale, malgré l'interdiction, portant les corps de deux de leurs camarades morts durant une manifestation mardi dernier.
Isabelle Marchais (à Bruxelles) et AFP, Reuter