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Partito Radicale Centro Radicale - 1 agosto 1994
UN ENTRETIEN AVEC LE MINISTRE ITALIEN DES AFFAIRES ETRANGERES
ANTONIO MARTINO: "LE NATIONALISME EST LE REFUGE DES OPPORTUNISTES EN POLITIQUE"

par Marie-Claude Decamps et Jean-Pierre Langellier

SOMMAIRE: Dans un entretien au »Monde , le ministre italien des affaires étrangères, Antonio Martino, un économiste anglophile de 51 ans, membre de Forza Italie de Silvio Berlusconi, prône une diplomatie plus active de Rome et condamne fermement toutes les dérives nationalistes.

(Le Monde, 20-7-94)

- L'Italie a-t-elle amélioré l'image quelque peu ternie qu'elle avait auprès de certains de ses partenaires ?

- Le problème d'image que nous avions a disparu lors du récent sommet du G 7 à Naples. Au niveau gouvernemental, nous n'avions d'ailleurs - avant Naples - eu aucun problème. Il y avait eu seulement quelques déclarations de politiciens isolés et des articles de presse défavorables. Ces critiques s'étaient déjà atténuées après les élections européennes du 12 juin, car nombre d'entre elles étaient surtout des propos de campagne.

- Vous étiez la semaine dernière en visite de travail à Paris. Les relations entre Silvio Berlusconi et François Mitterrand, deux hommes très différents, ne semblent pas spécialement chaleureuses. Quel est l'état de santé des relations franco-italiennes.

- En ce qui concerne les rapports entre MM. Mitterrand et Berlusconi, je ne suis pas à même de vous répondre. Quant à moi, j'ai d'excellentes relations avec Alain Juppé, depuis notre première rencontre à Bruxelles trois jours après son entrée en fonctions l'an dernier. J'aime la manière dont M. Juppé présente les choses, sa logique très française. J'ai été rassuré sur le fait que la relation privilégiée franco-allemande n'avait rien d'exclusif. Ce serait une manière de penser démodée de vouloir faire contrepoids à la bonne entente franco-allemande - qui est une bonne chose - en prétendant former un autre axe. Nous, Italiens, avons eu une expérience avec un axe dans le passé. Nous n'avons pas envie de recommencer.

La France et l'Italie ont beaucoup de choses en commun. Nous pensons les uns et les autres qu'il faut préparer avec soin la révision du traité de Maastricht afin que 1996 ne soit pas seulement une date symbolique mais façonne une nouvelle vision de l'Europe qui permette I'élargissement de l'Union. Nous sommes d'accord sur la manière d'opérer en commençant dès maintenant par des contacts au niveau des directeurs politiques et économiques. Nous avons aussi, je pense, la même idée de ce que l'Europe devrait être. Il faut se concentrer sur les grands idéaux et ne plus perdre de temps à ergoter sur les petits problèmes, les détails mineurs.

Nous divergeons un peu, il est vrai, sur l'élargissement. La France préférerait d'abord modifier les institutions en 1996 et ensuite ouvrir les négociations sur l'élargissement. Nous sommes moins stricts. Nous pensons que les changements institutionnels pourraient avoir lieu en même temps que les négociations. Mais cette divergence n'est pas majeure.

- Et sur l'Algérie ? On a eu l'impression que l'Italie était plus sévère envers le gouvernement d'Alger que la France.

- Votre interprétation est juste. Sur l'objectif politique global, nous n'avons jamais été en désaccord avec La France: nous pensons qu'il faut aider le gouvernement algérien à améliorer la situation économique, car nous avons peur qu'une victoire des fondamentalistes les plus extrémistes pose de gros problèmes. Là où nous divergeons quelque peu, c'est sur l'analyse. Je suis convaincu que le gouvernement algérien a un problème delégitimité. Il a perdu les élections et a "volé" le résultat du scrutin.

Un gouvernement qui n'est plus légitime ne peut pas survivre simplement grâce à l'aide étrangère. Il a besoin, d'une manière ou d'une autre, de regagner une part de sa legitimité. Voilà pourquoi nous sommes favorables à un dialogue entre le pouvoir et les éléments non extrémistes de la société afin que le premier élargisse sa base politique. M. Juppé est d'accord avec cela, mais il dit que ces groupes modérés n'existent pas.

- L'Italie entretient-elle des contacts, directs ou non, avec les islamistes modérés?

- Personnellement, je n'en entretiens pas. Mais j'espère que ces éléments modérés existent. Je ne peux pas croire que la majorité de la population algérienne soit composée d'extrémistes fanatiques. Je pense - et ç'est un point de vue purement personnel - que le situation serait aujourd'hui bien meilleure si le FIS avait été "autorisé" à gagner les élections.

- Quelles mesures de précaution envisagez-vous en faveur de la communauté italienne en Algérie? Sont-elles compatibles avec la sauvegarde de vos intérêt dans ce pays?

- Nous avons, comme la France, d'énormes intérêt en Algérie, qu'il s'agisse du gaz, des sommes investies, du nombre d'entreprises présentes. Nous devons agir très prudemment. Nous ne voulons pas mettre en péril les chances de survie du gouvernement algérien. Quant aux mesures à l'étude en vue d'une évacuation de leurs ressortissants - une échéance fort heureusement très spéculative - la France et l'Italie ont décidé de coordonner leur action. Ce problème ne se pose pas dans l'immédiat, mais se poserait seulement si nous devions prendre des mesures après un éventuel bain de sang.

- L'Italie, comme les autres membres du G 7, a salué l'"action méritoire de la France au Rwanda. Cet hommage n'était pas très spontané.

- En réalité, vous savez, ce n'est, pas la France qui a suggéré qu'on lui rende hommage, mais bien l'Italie. Et le président Mitterrand a accueilli cette idée avec satisfaction...

Nous souhaitons une action humanitaire immédiate au Rwanda. La France - et elle l'a montré - était plus disposée à envoyer des troupes alors que l'Italie est favorable uniquement à une opération de maintien de la paix, qui supposerait l'accord préalable des deux parties. Nous ne voulons pas au Rwanda d'une nouvelle Somalie. Mais si les conditions devant prévaloir à l'envoi d'une force de maintien de la paix étaient réunies - son caractère multinational, l'accord des parties, le parrainage de l'ONU, une stricte structure de commandement -, l'Italie y prendrait sa part.

- L'Italie souhaite adhérer au "groupe de contact" sur la Bosnie. Pour l'instant, elle n'a pas obtenu satisfaction.

- Il est injuste qu'un pays doive supporter les conséquences de décisions auxquelles il n'est pas partie prenante. C'est une question d'équité dans les relations internationales. A Naples, en revanche, le soutien du G 8 au plan de paix en Bosnie nous a satisfaits, surtout en raison de l'enegagement de la Russie. C'est le point essentiel. Si la Russie est impliquée, de manière institutionnelle, ses gouvernants demanderont à la Douma de soutenir leur action. Sinon, ils n'auront pas les moyens d'obtenir ce soutien. En plus nous voulons donner à la Russie une présence visible, en tant que protagoniste sur la scène internationale. Faute de quoi, les nationalistes russes pourraient, en arguant du manque de respect envers leur pays, utiliser la crise économique comme une arme à leur profit.

- Peut-on imaginer une présence militaire italienne en ex-Yougoslavie, dans le cadre d'une opération de l'ONU?

- Oui, mais à la seule condition que personne, notamment parmi nos voisins, ne fasse objection à notre présence.

- L'Italie souhaite déployer une diplomatie plus »active , plus »assurée . Comment?

- Nous ne croyons pas à l'action ou à l'assurance en soi. Nous devons seulement décider ce que nous voulons, le dire clairement et essayer de voir si nous pouvons trouver des accords avec les autres pays. Cela n'a rien d'original. Mais dans le passé, nous n'avons pas toujours agi ainsi. Nous préférions éviter la controverse, ne pas montrer nos désaccords. Nous pratiquions l'esquive. C'était une erreur. Cela dit, je ne crois pas au nationalisme. Le nationalisme est le refuge des opportunistes en politique. Dans ce pays, quand un politicien n'a rien à offrir, il verse dans le nationalisme. Nous devons fonder notre diplomatie sur une compréhension correcte des intérêts nationaux. Cela ne veut pas dire que nous devons être nationalistes.

- Où en êtes-vous dans vos discussions sur les problémes de la minorité d'origine italienne vivant en Istrie, cette région de l'ex-Yougoslavie?

- Nous avons des problèmes bilatéraux avec la Slovénie, et avec la Croatie. Le plus gros problème se pèse avec la Croatie. A cet égard, je suis optimiste. Je viens de me rendre à Zagreb où j'ai eu des conversations cordiales. Les dirigeants croates comprennent que l'avenir compte plus que le passé. Nous sommes voisins, nous pouvons être amis. Ils soulignent sans cesse que l'Italie est leur deuxième partenaire commercial.

Avec la Slovénie, les problémes sont très mineurs. Il s'agit de restituer six cents habitations à leurs anciens propriétaires ou de les autoriser à les racheter. Mais ce dossier - important pour nous - ne progresse pas beaucoup. Il y a des difficultés objectives. Il faut que la Slovénie modifie sa législation. Elle devrait montrer sa bonne volonté car elle a beaucoup à y gagner.

- Pendant la campagne électorale italienne, les candidats de Forza ltalia et de l'Alliance nationale ont plaidé avec vigueur pour que, dans la domaine agricole, l'Italie compte plus en Europe et qu'elle obtienne davantage d'argent de Bruxelles.

- Nombre de ces slogans étaient erronés. L'idée que l'Europe doit être un mécanisme de redistribution des richesses est une idée fausse qui détruira l'Europe. Si l'Europe doit être une vache dont chacun essaie de traire un peu plus de lait, la vache va mourir.

- Cela n'a pas été dit pendant la compagne.

- Je sais, mais les politiciens... Personnellement, je n ai rien dit de tel, car, je n'ai pas participé à la campagne. Cela dit, la politique agricole commune est une véritable honte. L'intervention sur les prix a créé des distorsions, l'accumulation de surplus, un mauvais usage des ressources et a grossi les injustices sociales, puisqu'on donne plus à ceux qui produisent plus. Il faut sortir de cette logique de fixation des prix et allouer des suppléments de revenus. Ainsi les plus pauvres obtiendront plus et les plus riches moins.

- Vu de l'étranger, la cohésion du gouvernement italien semble laisser à désirer. Parvient-il à parler d'une seule voix?

- En quarante-cinq ans, nous avons eu cinquantre-trois gouvernements. La cohésion gouvernementale n'a jamais été un des traits principaux de l'Italie. En politique étrangère, la vaste majorité des députés nous soutient. En politique intérieure, il y a en effet des voix dissonnantes. Et ce manque de cohérence nous porte préjudice.

- Silvio Berlusconi est à la fois président du conseil et propriétaire de trois chaînes de télévision. Comment réduire cette concentration du pouvoir inédite dans une démocratie occidentale?

- Il faut distinguer la perception du probléme et sa véritable nature. La plus grande menace pour les libertés vient de la concentration du pouvoir politique et économique dans les mains d'une seule personne, et M. Berlusconi est, précisément, perçu comme un symbole de cette concentration. Il est très difficile d'expliquer que la réalité est différente. La collusion entre les affaires et la politique fut à la racine de la corruption que nous voulons extirper. Mais toutes ces complicités étaient nouées en secret.

Si M. Berlusconi avait voulu profiter de son pouvoir, il aurait du rester dans les coulisses. En devenant président du conseil, il s'est placé sous la surveillance constante de tous: le public, l' opposition, les magistrats, le président de la République. Cela dit, il faudra qu'il fasse quelque chose en matière de télévision. Il faudra trouver des solutions légales. M. Berlusconi aimerait vendre au moins une de ses trois chaînes, encore faut-il qu'il trouve un acheteur. Savez-vous que M. Kadhafi s'est porté acheteur... ?

Propos recueillis par MARIE-CLAUDE DECAMPS et JEAN-PIERRE LANGELLIER.

 
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